3 questions à Catherine Corsini, présidente du jury du FIF de St-Jean-de-Luz 2019

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Catherine Corsini préside cette année le jury du 6e Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz. Entre deux projections, nous avons rencontré la réalisatrice de « La Belle Saison » ou « Un Amour Impossible » pour aborder sa présidence, le collectif 50/50 et l’état du cinéma français.

Quelle présidente du jury êtes-vous ?
Catherine Corsini :
Je suis spectatrice avant tout. Les maladresses ne me dérangent pas car ça fait aussi le charme et la beauté d’un premier ou deuxième film. J’essaye de me projeter et de prendre un pari sur un.e artiste dont j’ai envie de voir la suite du travail. Je suis à l’écoute des membres du jury, des sensibilités, des avis. Je suis aussi très bienveillante, détendue et ouverte aux propositions des uns et des autres. Certains aiment des films qu’ils trouvent audacieux quand ils sont à mes yeux plus conventionnels. C’est le jeu. Je veux aussi donner un point de vue assez fort car il ne faut pas faire de choix tièdes. Il faut que les nôtres soient affirmés. Je veux un jury avec de la personnalité. J’espère en tout cas que le festival donnera une aura au film gagnant. Pour le réalisateur primé, c’est une légitimité, une reconnaissance. Un prix, ça rassure et ça donne de la confiance. Suivant la notoriété de la manifestation, il peut même avoir un gros effet. En 2016, j’étais présidente du jury de la Caméra d’Or à Cannes. On a attribué notre récompense à Divines. Le film ne fait pas l’unanimité mais le choix est fort et politique.

La sélection du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz est très féminine. Vous faites partie du collectif 50/50 qui veille à la parité dans le milieu du cinéma. Les choses ont-elles changé ?
Catherine Corsini :
Aujourd’hui, on se rend compte combien on a souffert et combien on a été sous le joug de regards masculins. En effet, c’est souvent un point de vue masculin qui régit la façon de voir les œuvres, les films. Les rôles de femmes ont évolué au cinéma. C’est important de le noter. Je suis sensible aux rôles féminins, aux problématiques de personnages féminins. Les héroïnes sont plus surprenantes que les héros, lesquels sont toujours pris dans les mêmes problématiques avec le rapport au père, la violence, etc… Je suis à chaque fois heureuse quand je découvre l’oeuvre d’une cinéaste. Les comités de sélection sont désormais plus transparents, avec cette tendance vers le 50/50. Il y a eu un signal d’alerte qui a été entendu. L’attention est un peu plus portée sur les femmes (…) Après, quand j’entends des critiques masculins parler de films réalisés par des femmes, j’ai honte, ça me révolte toujours. La critique a longtemps été exclusivement masculine. Il y a eu Danièle Heymann mais, à côté, quasiment aucune femme ne trustait les journaux. C’est dingue.

Eric Neuhoff a récemment signé le livre Très Cher Cinéma Français, dans lequel il étrille notre septième art. Il dit notamment que c’était mieux avant. Souscrivez-vous à ce constat ? 
Catherine Corsini :
C’est des trucs de vieux schnock, ça ! Je trouve ça dégueulasse pour la jeune génération actuelle. C’est nul et consternant de leur dire que c’était mieux avant. Est-ce que la critique était mieux avant ? On pourrait aussi lui retourner la question. Le cinéma a aussi les critiques qu’ils méritent et il y a aujourd’hui moins de plumes fortes comme l’étaient celles de Daney ou Bazin… Ce texte… C’est méchant, ringard, aigri, pourri… Et c’est faux. J’ai fait beaucoup de festivals et on a souvent remarqué que les films français étaient d’un niveau et d’une qualité incroyables. A Venise, en 2014, on a donné notre prix à Robin Campillo pour Eastern Boys dans la catégorie Horizon. L’année de Divines, il y avait Grave de Julia Ducournau, qui est une cinéaste accomplie, Ma Vie de Courgette aussi… On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de renouveau. Le cinéma français est extrêmement riche. Un cinéaste comme François Ozon fait des choses si différentes, on a Pierre Salvadori qui a une plume incroyable ou Arnaud Desplechin… On voit aussi l’émergence de femmes cinéastes comme Céline Sciamma ou Rebecca Zlotowski. Hafsia Herzi a fait un film magnifique –Tu Mérites un Amour– devant lequel je me suis éclaté de bonheur. On a de la qualité.





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