» A Sakhnin, ville arabe, l’abstention est la vraie menace – pas les caméras

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Les habitants de la ville de Sakhnin, en Galilée, ne se sont pas précipités dans les classes d’une petite école mardi pour voter lors des deuxièmes élections nationales israéliennes de 2019.

Deux heures après l’ouverture des isoloirs de l’école primaire Al-Salam, au centre-ville, à 7 heures du matin, seulement une trentaine d’électeurs sont allés voter. Sahknin compte environ 30 500 habitants. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, essayant d’obtenir les suffrages de ses partisans, a affirmé plus tard mardi que la participation arabe était plus élevée que jamais depuis 1984 ; si c’était le cas, elle ne se faisait pas sentir ici.

Tout était très calme dans le bureau de vote, avec un seul policier assis sur un banc dans la cour de récréation de l’école et la plupart des préposés au scrutin dans les salles de classe.

Hamad Khalailah, un avocat de 28 ans qui a déclaré avoir voté pour la Liste arabe unie, une alliance des quatre plus grands partis à majorité arabe, a fait remarquer que les efforts du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son parti, le Likud, pour installer des caméras dans les bureaux de vote des communautés arabes ne l’avaient pas dissuadé de déposer son bulletin de vote.

« Je n’avais pas peur de venir ici », dit-il, debout devant une salle de classe. « C’est mon droit de voter et Netanyahu ne m’empêchera pas de le faire. »

Lors des élections nationales d’avril dernier, le Likud a équipé de caméras quelque 1 200 de ses représentants de bureaux de vote dans les villes arabes. De nombreux Arabes israéliens ont dénoncé ce projet comme étant « raciste », notant qu’il visait spécifiquement leur communauté.

Le Likud a affirmé que l’action visait à empêcher la fraude électorale, qui serait endémique dans les communautés arabes.

Bannières de la Liste arabe unie à Sakhnin, le 17 septembre 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Après que la commission centrale électorale a statué que le Likud ne pouvait pas équiper ses représentants des bureaux de vote de caméras pendant le vote de mardi, Netanyahu a tenté de faire adopter un projet de loi par la Knesset pour annuler la décision de l’organisateur du scrutin.

En fin de compte, la loi n’a pas obtenu un appui suffisamment large.

Masoud Ghneim, ancien membre de la Knesset représentant Raam – l’une des quatre factions qui composent la Liste arabe unie – a fait écho à Khalailah sur les efforts du Likud pour installer des caméras dans les bureaux de vote.

« Netanyahu ne m’a pas dissuadé d’aller voter », a-t-il dit, assis sur un banc près de l’entrée du bureau de vote. « Je n’ai peur que d’une chose : une faible participation. »

La dizaine d’électeurs de Sakhnin interrogés pour cet article ont tous déclaré que le système de caméras du Likud en avril dernier et ses efforts avortés pour faire adopter une loi autorisant les caméras dans les bureaux de vote mardi ne les dissuadaient pas de se rendre au bureau de vote pour y déposer leur bulletins. Ils ont également tous dit qu’ils votaient pour la Liste arabe unie.

Lors des dernières élections nationales du 9 avril, moins de la moitié des électeurs arabes ont voté, selon un rapport de l’Institut israélien de la démocratie, qui a estimé la participation arabe à 49,2 %. En revanche, quelque 63,5 % des Arabes israéliens ont voté lors du scrutin de mars 2015, selon le rapport.

La Liste arabe unie a rapporté mardi que le taux de participation dans les villes et villages arabes était légèrement plus élevé en début d’après-midi que lors du vote d’avril, mais qu’il était encore inférieur au taux de participation général.

Les analystes ont cité plusieurs raisons pour expliquer le faible taux de participation électorale en avril, notamment la dissolution de la Liste arabe unie avant ces élections et l’adoption de la loi sur l’État-nation. Avant le dernier vote national, la Liste arabe unie s’était scindée en deux alliances – Hadash-Taal et Raam-Balad, mais elle s’est réunifiée fin juillet après la dissolution de la Knesset, forçant la tenue de nouvelles élections.

La loi controversée sur l’État-nation, adoptée par la Knesset en juillet 2018, a consacré Israël comme « la patrie nationale du peuple juif », reconnu les fêtes juives et les journées de commémoration, et déclaré l’hébreu comme la seule langue nationale de l’État.

Yasser, un enseignant de 33 ans qui a refusé de donner son nom de famille, s’est également dit préoccupé par le faible taux de participation.

« Si nous voulons être en mesure d’obtenir nos droits, la communauté arabe doit voter en grand nombre », a-t-il dit. « Je pense qu’il y aura un peu plus de gens qui voteront cette fois, mais ce ne sera pas suffisant. »

Mais Yasser a prédit un taux de participation particulièrement faible au bureau de vote de l’école primaire Al-Salam parce que Mazen Ghnaim, membre de Balad, n’était pas inscrit sur la Liste arabe unie.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

« Beaucoup de gens qui vivent dans cette région sont des membres de la famille Ghnaim », a-t-il expliqué. « Mazen, l’un des membres de leur famille d’ici, était censé être sur la Liste arabe unie, mais il a été enlevé à la dernière minute. Donc beaucoup de résidents de ce quartier ne veulent pas voter. »

Mazen Ghnaim s’est présenté à la Knesset sur la liste Raam-Balad en avril lorsque 81 % des électeurs éligibles de Sakhnin ont voté, mais il ne figurait pas sur la Liste arabe unie lors du scrutin de mardi.

Néanmoins, Masoud Ghnaim, l’ancien député, a déclaré qu’il pensait que la plupart des habitants de la région voteraient dans l’après-midi.

Au bout de la rue, à l’extrémité est de Sakhnin, des dizaines d’électeurs se sont rendus dans un bureau de vote au nouveau collège Ibn Khaldoun.

Shafiqa Ahmad, une enseignante de 52 ans, a déclaré qu’elle avait voté pour la Liste arabe unie, affirmant qu’elle représentait mieux les arabes israéliens.

« La Liste arabe unie défend notre communauté. Elle exige nos droits et attire l’attention sur nos problèmes », a-t-elle expliqué.

Lors des dernières élections, 94 % des électeurs de Sakhnin ont voté pour Raam-Balad ou Hadash-Taal.

Ahmad a ajouté qu’elle espérait que la Liste arabe unie tenterait de rejoindre une coalition gouvernementale après les élections.

« Nous voulons participer à la prise de décision », a-t-elle dit. « Nous faisons partie de ce pays et nous voulons faire tout notre possible pour obtenir nos droits. Nous savons que se joindre au gouvernement nous aidera à atteindre cet objectif. »

Aucun parti à majorité arabe n’a jamais rejoint la coalition au pouvoir.

Le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a cependant exposé à Yedioth Ahronoth, fin août, les conditions dans lesquelles il souhaitait rejoindre un gouvernement, notamment la relance du processus de paix israélo-palestinien, la fin du régime militaire israélien sur les Palestiniens, la création d’une nouvelle ville arabe, la fin de la démolition des habitations palestiniennes en Cisjordanie et d’autres mesures.

Dans un tweet le même jour où le journal a publié l’interview, Odeh a ajouté une autre condition – Israël mettant fin à son régime militaire sur les Palestiniens – qui ne figurait pas dans l’article.

Un certain nombre de ses collègues candidats sur la Liste arabe unie ont par la suite critiqué Odeh pour sa proposition de rejoindre la coalition.

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, en conférence de presse à Nazareth, le 27 juillet 2019. (Crédit : Flash90)

Abu Rayya, un résident de Sakhnin âgé d’une soixantaine d’années, n’était pas d’accord pour que la Liste arabe unie rejoigne le gouvernement.

« Nous voulons influer sur la prise de décisions, mais de l’extérieur du gouvernement », a-t-il dit. « On ne peut pas être dans un gouvernement parce qu’on ne peut pas être d’accord avec toutes ses décisions, surtout en temps de conflit. »

A deux kilomètres de là, dans le village voisin d’Arabba, Muhannad Shibli, 62 ans, a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de voter.

« Voter ne changera rien à la situation », a-t-il déclaré, assis dans sa voiture devant un shawarma sur la route principale de la ville qui compte environ 25 000 habitants. « Il n’y a aucune utilité à le faire. Tous les politiciens, y compris ceux de la Liste arabe unie, ne se soucient que d’eux-mêmes. »

Plusieurs électeurs, cependant, se rendaient au collège Al-Batouf à Arraba, où 59 % des électeurs éligibles ont participé aux élections en avril.

Yousef Khatib, un entrepreneur de 66 ans, a déclaré qu’il votait pour la Liste arabe unie, espérant contribuer à l’éviction de Netanyahu.

« Je sais qu’un taux de participation élevé pour la Liste arabe unie sera une mauvaise nouvelle pour Netanyahu », a-t-il dit. « J’espère qu’on y arrivera et qu’on en aura fini avec lui. »







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