Au Soudan, une si difficile transition démocratique et pacifique

Les dirigeants militaires au Soudan et les chefs de file de la contestation doivent samedi 17 août signer un accord historique ouvrant une période de transition vers un pouvoir civil, après des mois de troubles.

Obtenu au terme de difficiles négociations, l’accord a mis fin à sept mois de manifestations, déclenchées le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain avant de se transformer en contestation du pouvoir du général Omar El Béchir destitué et arrêté par l’armée le 11 avril.

Accord contesté

L’accord de transition est le résultat d’un compromis entre le Conseil militaire et l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) qui regroupe notamment l’Association des professionnels soudanais et le Parti communiste soudanais.

Au Soudan, un accord fragilisé par les compromis

Avant même sa ratification, il est déjà critiqué par une partie des groupes d’opposition. Les chefs rebelles du Front révolutionnaires soudanais, représentant d’un Soudan rural, considèrent que leurs revendications n’ont pas été entendues. Ils demandent l’activation d’un processus de paix au Darfour qui mettrait un terme aux conflits ethniques et aux exactions des milices armées. Autre mouvance laissée à l’écart du processus de paix, les parties islamistes qui évoquent un accord non représentatif des forces politiques dans le pays.

La méfiance domine

La future composition du conseil, du gouvernement et du parlement sera scrutée de près par la population qui ne veut pas baisser la garde après des mois de contestation. Pour l’ALC, la solution semble être un gouvernement de technocrates, comme le témoigne la nomination de l’économiste Abdalla Hamdok, haut fonctionnaire à l’ONU, au poste de premier ministre.

C’est aussi les places réservées aux militaires qui provoquent la méfiance. Ces derniers disposent de garde-fous qui leur assurent un contrôle total des forces armées du pays. De plus, les Forces de soutien rapide (RSF) seront désormais sous contrôle de l’État, ce qui ne rassure pas les Soudanais qui craignent toujours que les militaires finissent par organiser un nouveau coup d’État.

Mesures d’apaisement

Depuis le début du mois d’août, le Conseil militaire de transition (CMT) semble pourtant vouloir instaurer un climat de confiance. Après avoir ouvert plusieurs enquêtes sur la disparition de onze personnes lors de la répression meurtrière du sit-in en juin à Khartoum, le CMT a annulé les peines de mort contre 18 chefs de la rébellion soudanaise.

Au Soudan, les paramilitaires épinglés après le « massacre » de Khartoum

Dans un communiqué, certains des anciens rebelles soulignent « un pas nécessaire pour bâtir la confiance avec le Conseil militaire, pour avancer vers l’avenir et bâtir une démocratie ». L’ouverture d’un procès du président déchu le jour de la signature de l’accord vient renforcer cette dynamique.

Pour Anne-Laure Mahé, chercheuse spécialiste de l’Afrique de l’Est à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire, ces procédures sont anecdotiques : « Le Conseil militaire a reconnu avoir commis des fautes graves lors du sit-in de Khartoum alors que l’enquête officielle l’exonère de toute responsabilité. Il joue un rôle ambivalent ».





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