La-croix - le Groupe Sainte-Marthe s’est réuni jeudi 8 et vendredi 9 février au Vatican. Il regroupe policiers, responsables associatifs et chercheurs du monde entier engagés contre la traite des êtres humains.

La police française y était représentée pour la première fois.

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Un manifestant africain lors d’une marche contre l’esclavage des migrants en Lybie, en décembre 2017 à Athènes. / Louisa Gouliamaki/AFP

Au cœur des jardins du Vatican, la Casina Pio-IV est un petit bijou maniériste où, à l’abri du vent, le soleil d’hiver romain apporte une douceur bienvenue. Jeudi 8 février, ils sont une bonne centaine de policiers mais aussi de responsables associatifs et d’Église et de chercheurs à se retrouver avec un sujet de préoccupation aux antipodes des délicates décorations de la cour ovale : la traite des êtres humains.

À l’initiative du pape François, le Groupe Sainte-Marthe rassemble en effet les acteurs de la lutte contre ce qu’il appelait encore, vendredi 9 février midi, « ce fléau moderne, qui continue à causer d’indicibles souffrances humaines » et dont il fait une des grandes causes de son pontificat, mobilisant l’Église avec, au premier rang, les congrégations religieuses féminines engagées de longue date sur le sujet.

« Les relations ne sont pas toujours faciles quand il s’agit des migrants »

« C’est toujours intéressant de partager nos différentes expériences », se félicite Jean-Marc ­Droguet, directeur de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains, qui participe pour la première fois à la rencontre de cet aréopage international sous les auspices du Vatican. « À quelques exceptions près, la plupart des dossiers que nous traitons sont transnationaux », reconnait-il, avant d’aller entamer la discussion avec son homologue espagnol.

Si le policier français a l’habitude de travailler avec ses homologues à travers Interpol, Europol ou des échanges bilatéraux, le Groupe Sainte-Marthe lui offre aussi l’occasion de rencontrer associations et partenaires rassemblés par l’Église catholique. Jeudi après-midi, il est ainsi intervenu aux côtés de ­Geneviève Colas, responsable du dossier au Secours catholique.

« Aujourd’hui en France, les relations des associations avec la police ne sont pas toujours faciles quand il s’agit des migrants, reconnait-elle. Mais si nous voulons résoudre la question de la traite des êtres humains, nous devons collaborer pour mettre les victimes au cœur. »

« Sur la question de la traite, nous avançons. »

« Pour la police, les victimes sont au centre des investigations que nous menons sur les réseaux et nous nous devons d’être attentifs à ce qu’elles deviennent, affirme de son côté Jean-Marc Droguet. On ne peut pas les laisser sans accompagnement et le travail des associations est essentiel pour trouver des solutions. »

Geneviève Colas reconnaît ainsi que « les choses s’améliorent », en grande partie grâce à une meilleure connaissance réciproque entre responsables. « Certes, sur le terrain, nous sommes encore face à des policiers avec qui ce n’est pas toujours évident, et avec qui le délit de solidarité demeure une réalité quand nous aidons des migrants. Mais sur la question de la traite, nous avançons. »

Depuis 2014, les associations sont ainsi invitées pendant une journée à chacune des formations de policiers sur la question de la traite. « Pour les enquêteurs, cela a été une révolution », reconnaît Jean-Marc Droguet, persuadé que « nous devons avancer la main dans la main sous peine d’être inefficaces ». Il explique ainsi que, grâce aux associations, « beaucoup de femmes victimes ainsi accompagnées osent aujourd’hui porter plainte contre leurs exploiteurs et ont aussi l’opportunité d’une seconde chance pour ne pas retomber aux mains d’un autre groupe ».

Il faut « se concentrer sur les visages des victimes de la traite »

Pour Geneviève Colas, le défi aujourd’hui est que l’argent saisi dans les affaires de traite soit mis à disposition du soutien aux victimes, comme le prévoit désormais la loi. « Une des priorités de nos enquêtes est de s’attaquer aux circuits financiers », relève d’ailleurs Jean-Marc Droguet qui se dit « effaré » du volume d’argent généré par les affaires qu’il suit.

C’est d’ailleurs sur cette question que le Groupe Sainte-Marthe voudrait aujourd’hui insister, en provoquant une prise de conscience dans l’opinion publique. Face à une « surcharge d’information », il faut « se concentrer sur les visages des victimes de la traite », insiste le cardinal Vincent ­Nichols, ­archevêque de Westminster et une des chevilles ouvrières du Groupe Sainte-Marthe avec les responsables du célèbre « Scotland Yard » de Londres. Et de mettre en garde « ceux qui pensent que la traite n’est pas un problème qui les concerne » : « Si vous faites laver votre voiture pour 5 € et qu’il y a trois ou quatre gars qui s’en chargent, vous pouvez être sûrs qu’ils travaillent dans des conditions d’esclavage moderne. »

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Une soirée à la Maison des évêques de France

Le collectif Ensemble contre la traite des êtres humains organise mardi 13 février à 18 heures à la Maison des évêques de France, à Paris, une rencontre sur la traite des êtres humains. Au programme : témoignage d’une victime et table ronde avec des responsables associatifs sur le thème « L’indignation médiatique et la mobilisation citoyenne suffiront-elles à combattre la traite des êtres humains ? » et modérée par le père Antoine Sondag, du service de la Mission universelle de la Conférence des évêques de France et François ­Ernenwein, rédacteur en chef à La Croix.

Nicolas Senèze, à Rome

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