Damien Dutreuilh, rescapé de la grippe aviaire

Ce devait être le premier et le dernier. En septembre 2016, Damien Dutreuilh reprend le gavage de ses canards mulards destinés à la production de foie gras, après l’épisode de grippe aviaire qui a frappé le sud-ouest de la France quelques mois plus tôt. Dans sa ferme de Jouandéou, situé à Donzacq en Chalosse, un territoire méridional du département des Landes, le vide sanitaire a duré trois mois, et la production a dû être arrêtée. « C’était pendant notre période creuse, donc la production est restée plutôt stable, se souvient le gérant qui écoule son foie gras uniquement par vente directe aux particuliers. Nous avons aussi pu mettre en conserve les canards que nous avions d’avance, car la souche virale à l’origine de la grippe (H5N1 principalement, NDLR) ne posait aucun problème pour leur consommation. »

Mais le répit sera de courte durée pour Damien Dutreuilh et les autres éleveurs de volailles. Début décembre, un foyer d’influenza aviaire de souche H5N8 est découvert dans le Tarn. Face au nombre croissant de cas et à la virulence de l’épizootie, mortelle pour les canards, le ministère de l’agriculture décide des mesures d’abattage préventif en janvier. « Les zones concernées étaient de plus en plus proches de ma ferme, comme dans les films catastrophes, raconte l’agriculteur de 43 ans. Avec mes trois employés, nous espérions que les abattages seraient efficaces. »

Mais le couperet tombe en février. Nichée en haut d’une des collines verdoyantes de la Chalosse, avec une vue sur les Pyrénées par beau temps, la ferme de Jouandéou n’est pas épargnée par les mesures préventives. Ses 4 000 canards gavés sur place et 14 000 autres devant être vendus à des gaveurs sont transportés par camion en direction des abattoirs.

« Psychologiquement, ça a été compliqué. Je n’avais jamais vu ni imaginé cela, relate Damien Dutreuilh qui a repris l’exploitation familiale. Je me sentais impuissant, car je ne pouvais que subir. Mais je n’ai pas fait partie de ceux qui empêchaient les vétérinaires de venir chez eux. » S’ensuivent un nouveau vide sanitaire et le passage, financé par l’État, d’entreprises spécialisées pour des opérations de nettoyage et de désinfection.

Le combat des éleveurs face à la grippe aviaire

Conjointement avec l’Union européenne, l’État indemnise également les pertes de notre éleveur, soit 40 000 € environ. « Et heureusement, glisse-t-il. Mais il a fallu un an et demi pour que les montants soient entièrement versés. Il fallait avoir les reins solides et se serrer la ceinture. Le résultat de l’exploitation en a pâti. »

S’adapter pour faire face

Plus contraignant encore pour Damien Dutreuilh, la mise aux normes exigée de ses installations. Pour éviter un nouvel épisode de grippe aviaire, des règles dites de « biosécurité » avaient déjà été instaurées en 2016 avant d’être renforcées l’année suivante.

Damien Dutreuilh investira 50 000 € pour les respecter, avec la création, par exemple, de sas sanitaires à l’entrée des zones d’élevage. « C’était une période stressante, car il a fallu se creuser la tête pour savoir comment s’adapter, rapporte le grand gaillard à la voix posée. Autour de moi, des éleveurs ont jeté l’éponge face à ces difficultés. C’était difficile de s’entraider, car chacun avait ses propres problèmes et donc ses propres solutions à trouver. »

« L’abattage total des canards, seule solution contre la grippe aviaire »

Comment l’éleveur est-il parvenu à s’en sortir ? « L’amour du métier. J’ai toujours voulu préserver la tradition de l’élevage en plein air. C’est une certaine fierté », avance celui qui a succédé à plusieurs générations d’éleveurs. Et d’ajouter : « La vente directe m’a aussi aidé à travers le contact avec les clients. Cela encourage de savoir qu’il y a toujours une demande des consommateurs et que nos produits peuvent être source de satisfaction. »

De façon plus pragmatique, ses investissements engagés quelques années avant la grippe aviaire, afin d’ajouter une production de canards destinés à être vendus à des gaveurs, ont aussi pesé dans la balance, reconnaît-il.

Quant aux mesures de biosécurité, elles ont été un « mal pour un bien », positive l’agriculteur en enjambant la séparation entre les parties « propre » et « sale » du sas sanitaire qui mène à l’un de ses huit « parcours » où gambadent ses canards. « Désormais, on ne se dit plus que ça pourrait revenir. On se dit qu’avec la biosécurité, ça ne reviendra pas. »

Jean Marchand, seul face à un manipulateur

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« Mon conseil en temps de crise »

« Avoir confiance en ses choix »

« Quand il a fallu que j’aménage mon exploitation pour me conformer aux règles de biosécurité, j’ai cherché de l’aide auprès de techniciens, de vétérinaires et de syndicats agricoles. S’entourer est utile pour récupérer un maximum d’informations. Celles-ci sont essentielles pour relancer une activité économique en prenant la bonne direction. Souvent, une part d’incertitude demeure, mais il faut faire des choix et s’y tenir. »





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