Une mine a tué Stephan Villeneuve, cameraman d’« Envoyé spécial », et son guide, le journaliste kurde Bakhtiyar Haddad, alors qu’ils couvraient l’assaut final sur Mossoul.

« Mort, mort, mort », titrait il y a peu le Washington Post : les journalistes n’ont plus les mots pour décrire la bataille de Mossoul.

Deux autres journalistes blessés

Ceux qui ont été tués lundi 19 juin, fauchés par un engin explosif improvisé, n’avaient pourtant pas perdu l’espoir et le courage d’informer sur la détresse des civils pris aux pièges et sur les difficultés des soldats irakiens à bout de souffle, qui tentent d’écraser la dernière poche de résistance des terroristes de Daech retranchés dans la vieille ville. Là, dans un paysage d’apocalypse, il faut se faufiler de maison en maison, emprunter des trous percés dans les façades, tromper les balles, ne pas traîner dans les coupe-gorge. Et surtout éviter les pièges explosifs laissés partout.

Stehpan Villeneuve

Stehpan Villeneuve

Stephan Villeneuve venait d’atterrir en Irak. Cameraman expérimenté de 49 ans, il enquêtait pour l’émission « Envoyé spécial » de France 2. Il avait tourné à Alep en 2013. Il prévoyait, après Mossoul, de partir pour Rakka. Sa course s’est brutalement arrêtée. Transféré d’abord dans un hôpital militaire au sud de Mossoul, il est décédé lundi 20 juin en début de soirée à Bagdad. Sa consœur, Véronique Robert, qui travaille aussi pour Paris Match, est grièvement blessée. Les accompagnait Samuel Forey, qui travaille pour Le Figaro, présélectionné pour le prix Albert-Londres. Ses blessures sont moins graves, il organise son retour.

Un « fixeur » amoureux de la France

Bakhtiyar Haddad / Photo : Facebook

Bakhtiyar Haddad / Photo : Facebook

Leur guide, Bakhtiyar Haddad, était d’abord un amoureux de la France. Tous les Français d’Erbil connaissaient ce Kurde de 39 ans. La profession appelle les hommes comme Bakhtiyar des « fixeurs ». Depuis quinze ans, ce journaliste local avait aidé les médias français à réaliser des centaines de reportages. Ayant grandi en France, il parlait un français sans accent, et ses traductions étaient inégalables. Ses imitations des consuls successifs pour lesquels il avait travaillé comme traducteur étaient hilarantes. Son carnet d’adresses et son bagout ouvraient toutes les portes, il s’arrêtait toujours pour aider les jeunes journalistes à franchir les barrages militaires.

À ses funérailles, mardi 20 juin, journalistes, officiers et officiels défilaient, dont le consul de France à Erbil, Dominique Mas. Surtout, Bakhtiyar était pour beaucoup un ange gardien. « Si je me retrouvais dans une bagarre, je préférais l’avoir avec moi », disait de cet ancien boxeur l’un de ses amis journalistes. Quelques semaines plus tôt, il avait ramené du front un photographe blessé, en le portant dans ses bras.

> Pour soutenir la famille et les proches de Bakhtiyar Haddad, une cagnotte est en ligne jusqu’au 31 août 2017 sur leetchi.com

Jérémy André, à Erbil

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