En pleine tourmente financière, l’Argentine rétablit le contrôle des changes

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À quelques semaines de la présidentielle, les Argentins se voient imposer une nouvelle mesure d’austérité. Dimanche, le gouvernement de Mauricio Macri a décrété un contrôle des changes aux entreprises et aux particuliers en vue de rassurer les marchés effrayés par la perspective d’un défaut de paiement.

Les personnes physiques ne peuvent plus effectuer de virements à l’étranger au-delà de 10 000 dollars, ni acheter des devises pour un montant supérieur à cette somme sans autorisation de la banque centrale d’Argentine. Les entreprises exportatrices sont obligées de changer les dollars en pesos au plus tard cinq jours ouvrables après l’encaissement, ou 180 jours après l’exportation des biens. Le décret gouvernemental évoque des mesures « provisoires et urgentes pour réguler davantage le régime des changes et fortifier le fonctionnement normal de l’économie ».

Alberto Fernandez en route vers la présidence argentine

Néanmoins, cette mesure d’urgence « assez classique », ne devrait pas porter de fruits avant « au moins deux ou trois ans », estime Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank.

« Une mesure nécessaire »

Le contrôle des changes fait à la suite de la demande d’un rééchelonnement de dette effectuée par l’Argentine au Fonds monétaire international (FMI), la semaine dernière. Cette dette s’élève à 101 milliards de dollars, dont 44 ont été déboursés par le FMI depuis 2018. L’endettement de l’Argentine a fait fuir les capitaux étrangers et très fortement affaibli le peso, qui a perdu 20 % de sa valeur au cours des deux dernières semaines du mois d’août.

« Dans ce contexte, la tentation de faire fuir les capitaux sur des comptes à l’étranger est forte, décrypte Philippe Waechter, économiste en chef chez Ostrum Asset Management (filiale de Natixis). Par le passé, on a vu des flux financiers importants vers des comptes à Miami. Le contrôle des changes apparaît comme une mesure nécessaire mais insuffisante, pour montrer la bonne volonté du gouvernement à l’égard du FMI et éviter des pertes importantes dans le pays. »

Incertitudes politiques

La panique économique et monétaire qui s’est emparée de l’Argentine fait suite aux élections primaires du dimanche 11 août, qui ont porté largement en tête (47 % des suffrages) Alberto Fernandez, un péroniste du centre gauche, associé à l’ancienne présidente Cristina Kirchner. Ces élections font figure de répétition du scrutin présidentiel, prévu le 27 octobre.

Les milieux financiers redoutent l’arrivée au pouvoir de celui qu’ils considèrent comme un populiste de gauche et pointent le risque d’une politique laxiste. Cristina Kirchner est quant à elle une opposante de longue date au FMI.

Le libéral Mauricio Macri semble parer au plus pressé, après l’effondrement du Merval (principal indice de la Bourse de Buenos Aires) et du peso qui avaient suivi les primaires du 11 août. Le président sortant brigue un deuxième mandat, mais n’a obtenu que 32 % des voix. Il s’agit pour lui de garder la confiance du FMI tout en regagnant celle des électeurs qui l’ont nettement désavoué.

Le précédent de 2001

Malgré l’assainissement des comptes publics, Mauricio Macri paye pour la forte inflation qu’il n’a pas réussi à juguler. En 2018, elle était de 48 % ; elle s’est encore accentuée au cours du premier semestre de 2019, dépassant très largement l’évolution des salaires. Un tiers de la population vit dans la pauvreté et un enfant sur dix souffre de la faim.

En 2001, l’Argentine avait connu le plus grand défaut de paiement de l’histoire, en cessant de rembourser 95 milliards de dollars d’obligations, ce qui lui avait valu une réputation de « mauvais payeur ». Le FMI se montre aujourd’hui très attentif aux mesures gouvernementales, à l’aube des mois à venir qui pourraient être « éprouvants », selon un porte-parole de l’institution basée à Washington.





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