En Tunisie, les craintes dominent la campagne présidentielle

share on:

Dispersion, confusion, tensions. Ainsi pourrait-on qualifier la campagne électorale tunisienne, ouverte lundi 2 septembre, pour le scrutin présidentiel anticipé du 15 septembre. Après avoir invalidé 71 candidatures, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) a confirmé, le 31 août, une liste de 26 prétendants au poste suprême, témoignant de l’éclatement de la scène politique tunisienne.

En Tunisie, la course à la présidentielle est lancée

Parmi eux, deux hommes d’affaires aussi sulfureux que populaires, aux prises avec la justice. Tout d’abord, Slim Riahi, soupçonné de blanchiment d’argent et de corruption. Un mandat d’arrêt émis à son encontre a été confirmé, fin août, par la Cour de cassation. C’est donc sous la forme d’un hologramme qu’il a participé depuis la France à la constitution de son nouveau parti, « El Watan El Jedid », le 28 août.

Nabil Karoui dans tous les esprits

Mais c’est surtout le célèbre et trouble Nabil Karoui qui est dans tous les esprits. Le magnat des médias et président du parti Cœur de la Tunisie est détenu depuis le 23 août, inculpé lui aussi pour blanchiment d’argent.

L’Isie n’a pu écarter ces candidatures, le président Beji Caïd Essebsi ayant refusé, avant son décès survenu le 25 juillet, de signer les amendements à la loi électorale. Cette réforme du code électoral, adoptée in extremis le 18 juin par le parlement, visait notamment à barrer la route à Nabil Karoui qui caracolait en tête des sondages. Sa mise derrière les barreaux, à trois semaines du scrutin, a avivé les tensions.

En Tunisie, la campagne présidentielle bouleversée par l’arrestation d’un candidat

« Nul doute que le politique est impliqué dans son arrestation », estime le politologue Hamadi Redissi. « Mais depuis que Nabil Karoui est bâillonné en prison, sa cote ne cesse de grimper, ajoute-t-il, et, même si les sondages sont interdits, il fait, semble-t-il, toujours la course en tête. » Le slogan « la prison ne nous arrêtera pas. RDV le 15 septembre » a fleuri dans les rues.

Une dizaine de candidats dans le camp moderniste

Dans le camp des modernistes, une dizaine de candidats, des plus marginaux aux plus sérieux – tel le ministre de la défense Abdelkrim Zbidi ou le premier ministre Youssef Chahed – se disputent les voix, sans compter les candidats se situant à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Le parti islamiste Ennahda, lui, a désigné son candidat, Abdelfattah Mourou, actuel président par intérim de l’assemblée des représentants du peuple, lequel aura cependant quelques rivaux mineurs.

« Le scénario d’un deuxième tour sans candidat du camp démocratique où s’affronteraient l’islamiste Abdelfattah Mourou et le populiste tendance mafieuse Nabil Karoui ne peut être exclu », redoute Mokhtar Trifi, président d’honneur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Face aux inquiétudes, les remèdes à la dégradation de la situation économique et aux inégalités toujours criantes entre les régions de l’intérieur et du littoral, à l’origine du soulèvement de 2011, n’ont guère de place dans les débats.

Et les appels au rassemblement derrière une unique candidature moderniste – notamment en faveur d’Abdelkrim Zbidi – resteront en partie vains. Le bulletin de vote édité avec l’ordre des 26 candidats n’est plus modifiable.





Facebook Comments

Leave a Response