Et si on se passait des aliments « ultra-transformés » ?

Soirée crêpes. Pour commencer l’expérience d’une cuisine sans aliments « ultra-transformés » (1), je pense être dans les clous. Farine, œufs, lait, huile, comté que je râperai, salade verte, sucre, miel : « Que du bon dedans », comme dirait maman.

Pour la semaine, je m’attelle à la rédaction des menus. Crudités, pommes de terre, poulet… : ok. Je devrais réussir à me passer des pâtes feuilletées prêtes à dérouler que j’achète régulièrement sous vide. Et même des poêlées surgelées et des flammenkueche industrielles pratiques pour un repas sur le pouce.

Mais les pâtes ? Et les yaourts ? Dans le doute, j’appelle une amie pour lui emprunter sa yaourtière. Les choses se compliquent encore avec le pâté lorrain – un must dans ma région ! : dans quelle case entre-t-il ? Il est transformé, assurément, mais est-il mauvais pour autant ? Et que penser du pain, du beurre ?

Des additifs douteux pour la santé

Pour y voir plus clair, je décide de contacter un expert. Anthony Fardet, « chercheur en alimentation préventive et holistique », et auteur de Mangeons vrai. Halte aux aliments ultra-transformés (Thierry Souccar). Pour lui, le problème n’est pas la transformation – « une pomme que l’on stocke se transforme et il faut bien des transformations pour rendre les aliments comestibles » – mais le degré de cette transformation.

En clair, plus la liste d’ingrédients est longue, plus l’aliment de base risque d’être déstructuré. Et moins le produit aura un bon profil nutritionnel (pauvre en fibres, vitamines et minéraux). Il risque d’être moins rassasiant et de contenir des additifs douteux pour la santé, favorisant obésité et diabète. Voire, en cas d’excès, maladies cardiovasculaires et certains cancers à plus long terme. Brrr…

Les aliments « ultra-transformés » favorisent-ils les maladies cardiovasculaires ?

Prenons le pain. Je peux l’acheter à la boulangerie de quartier, « mais tout dépend des mix utilisés, car quatorze additifs sont autorisés », explique l’expert. Je peux acheter des pâtes industrielles « mais il faut privilégier celles au blé complet ». Je peux trouver des plats industriels sans reproche, en passant les étiquettes au peigne fin. Plus subtil, en revanche : des produits très bien classés du point de vue diététique ou issus de l’agriculture biologique peuvent être ultra-transformés.

Une heure trente aux fourneaux

Pour relever le défi, j’invite à la maison une famille amie. Sans craindre de proposer des burgers, des frites et des glaces pour faire plaisir aux enfants. Première étape, préparer le pain maison. Je suis fière de le présenter bien moelleux, avec des steaks hachés sous mes yeux et du vrai fromage fondant. J’ai même trouvé de la mayonnaise sans additif.

Certes, mon fils trouve la croûte trop dure. Mais « les produits ultra-transformés, avec très peu – voire pas du tout – de fibres naturelles, habituent les enfants aux textures molles. Or mâcher stimule la satiété », m’avait prévenue Anthony Fardet.

Franc succès pour la glace, réalisée sans sorbetière. Mais j’ai acheté la gousse de vanille près de 4 €, soit autant qu’un pot prêt à consommer… Sans chômer, j’ai aussi passé une heure trente dans ma cuisine, et me retrouve avec un monticule de saladiers à laver. Côté déchets, c’est peu reluisant : emballage de la gousse, de la crème, de la levure, des steaks hachés… Cela vaut-il bien la peine ?

La puissance du marketing

« Il ne faut pas vouloir tout changer d’un coup. Moi au début, je m’étais noyée avant de recommencer », me rassure une amie, désormais bien rodée, recettes faciles en tête, et emportant ses Tupperware pour ses courses en vrac.

Mais pourquoi est-ce aussi difficile de s’y mettre ? Nos aïeux s’en sortaient bien, eux ! « Tout a été fait ces dernières décennies pour nous faire croire, à l’aide d’un marketing très puissant, que nous avions besoin de tous ces produits », analyse Stéfane Guilbaud, auteur de Stop aux mensonges dans l’assiette (Eyrolles). « Le paradoxe, poursuit-il, c’est que ces aliments très travaillés coûtent souvent moins cher que les produits de base. »





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