Contre les mesures de distanciation physique pour tous en phase de déconfinement

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Sommes-nous allés trop loin dans les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie du coronavirus ? A l’évidence non. En absence de traitement ou vaccin, en absence de tests et de masques pour tous, compte-tenu de la dangerosité du virus pour une partie de la population, il fallait avec le confinement éviter une flambée des contaminations pouvant déboucher sur une explosion des cas graves, mettant à mal notre système de soins alors incapable de traiter efficacement les personnes les plus touchées. Allons-nous trop loin dans les mesures de protection adoptées et imposées à la population dans cette phase de déconfinement ? On peut légitimement se poser la question, tant nos libertés, notre système social, notre économie, nos modes de vie semblent menacés alors que le risque sanitaire encouru ne concerne à l’évidence pas l’ensemble de la population.
Dans la phase de déconfinement, pour des raisons de santé publique, afin d’éviter une seconde vague, le redémarrage de nos déplacements, de notre activité professionnelle, de l’éducation de nos enfants sont soumises à une kyrielle d’obligations nouvelles qu’il s’avère bien difficile de mettre en œuvre. Elles peuvent être regroupées sous le terme de distanciation physique (ou de distanciation sociale) que l’on souhaite continuer à pratiquer sur l’ensemble du territoire. Or, ces mesures de distanciation physique sont-elles bien proportionnées par rapport au risque encouru ?
Afin de répondre à cette interrogation, il convient de mesurer l’ampleur de la menace que représente la circulation du virus. La vie sur terre est-elle menacée par la présence du virus ? Non bien évidement puisque le virus n’est pas mortel pour une très grande majorité de la population. Ce virus est-il comparable au choléra, à la grippe espagnole, à la peste des temps anciens qui ont fait des millions de morts et ont décimé les populations de nombreuses régions ? Non bien évidement. Le taux de létalité des personnes infectées par le virus demeure extrêmement faible. On guérit majoritairement de ce virus même si le taux de décès des personnes infectées est supérieur à celui de la grippe ? Le virus a-t-il touché pareillement avec la même intensité l’ensemble des pays de la planète et à l’intérieur de chaque pays, toutes les régions avec la même diffusion, toutes les villes avec la même intensité ? Non bien évidemment. On constate, sans pour autant bien comprendre pourquoi, que certaines régions ou villes paraissent peu touchées par le virus que d’autres, indépendamment de l’efficacité des politiques de précaution mises en place pour y faire face. Le virus touche-t-il de manière indifférenciée et avec le même niveau de gravité l’ensemble de la population ? Non bien évidemment. Les personnes âgées de plus de 65 ans sont les plus concernées, on parle même de personnes à risque, et parmi elles particulièrement les hommes et les personnes atteintes de certaines pathologies (diabète, maladies respiratoires chroniques, obésité…).
Mais soyons plus encore plus précis et intéressons-nous au cas de la France et de sa population, modélisé par une équipe de l’institut Pasteur (Simon Cauchemez et ses collègues) dans une étude publiée par la revue scientifique Science le 13 mai 2020. On trouve une confirmation chiffrée des affirmations précédentes. Le taux de personnes touchées par le virus est faible : 4,4 % de la population, soit 2,8 millions de personnes en France. Parmi les personnes infectées, le taux de létalité est faible -0,7 % contre 2 % estimés au début de l’épidémie à comparer à 0,1 % pour la grippe- avec des écarts très importants entre les moins de 20 ans (0,001 %) et les plus de 80 ans (10,1 %). Par région, l’Ile de France (9,9 % de la population contaminée) et le Grand Est (9 ,1 %) sont beaucoup plus affectés que le reste du territoire (moyenne à 4,4 %), sans que l’on sache effectivement pourquoi.
Les personnes à risque (personnes risquant une forme grave du coronavirus pouvant aller jusqu’à la mort) – plus de 65 ans, hommes essentiellement et personnes ayant déjà des pathologies aggravantes dans certaines régions – sont maintenant parfaitement identifiables et localisables de manière préventive. Elles doivent être protégées ou se protéger, du reste de la population, par de la distanciation physique et des masques. Ce sont vis-à-vis d’elles que la société doit se mobiliser au maximum pour que le déconfinement ne soit pas synonyme de seconde vague. Pour autant, devons-nous continuer à prendre des mesures drastiques de précaution pour l’ensemble de la population ? Des mesures attentatoires à la liberté, mortifères pour notre économie et le financement de notre système social qui en résulte, très difficiles à faire respecter dans notre système éducatif, très difficiles à gérer dans nos déplacements collectifs, très difficiles à établir dans certains de nos lieux de travail, dans nos lieux de culture, de restauration et d’hôtellerie, pour les spectacles de masse ? On peut légitimement en douter. Quelques exemples pour s’en convaincre. Quelles sont justes les raisons qui poussent l’éducation nationale à faire appliquer la distanciation physique dans les écoles ? Souhaite-t-on véritablement aboutir au risque de zéro contamination alors que l’on sait que les enfants sont extrêmement peu touchés par des formes graves de coronavirus, que l’atteinte du risque zéro en milieu éducatif est presque impossible à obtenir. Le personnel enseignant a-t-il majoritairement plus de 65 ans ? Est-il en incapacité de porter des masques ? Est-il très masculin ? A-t-on expliqué aux mamans que les accidents scolaires avaient un taux de morbidité beaucoup plus élevé que le coronavirus pour leurs enfants ? Autre exemple, dans le monde professionnel, les personnes de plus de 65 ans encore en activité sont rares. Va-t-on pareillement appliquer pour tous la distanciation physique, alors que le monde du travail est un milieu où les personnes à risque sont très minoritaires et que l’on peut au cas par cas les protéger individuellement ? Dernier exemple enfin, nous savons que les transports en commun aux heures de pointe sont utilisés essentiellement par des personnes actives de moins de 65 ans. Pourquoi donc prévoir des mesures de distanciation physique dans les transports en commun pour l’ensemble des voyageurs qui ne sont pas à risque ? Les masques pour tous déjà requis ne sont pas suffisants ?
Dans l’esprit des gens, on associe trop étroitement risque de contamination et risque de décès, alors qu’ils ne sont liés significativement que pour une petite partie de la population. Une contamination peut être pratiquement sans risque pour certaines populations et même porteuse à terme d’une immunité collective agissant comme une nouvelle barrière pour le virus. En revanche, elle comporte des risques élevés pour les populations de plus de 65 ans, masculines pour la plupart. En cette phase de déconfinement, après l’expérience acquise, notre société fait pourtant comme si toute la population était pareillement en risque face à cette pandémie, en lui imposant les mêmes mesures de distanciation physique. Or ce n’est pas le cas. Seules les personnes à risque doivent impérativement se protéger, ou être protégées si elles n’ont pas le niveau requis de discernement pour comprendre ou être en mesure de gérer ces risques.
Mais pourquoi donc cette fuite en avant dans une surenchère de précaution à visée sanitaire pour l’ensemble de la population en cette période de déconfinement où les masques sont enfin disponibles, où les gestes barrières sont mieux connus, où les populations à risque sont clairement identifiées et peuvent se protéger ou être protégées ? Peur pour les responsables politiques d’être accusés de ne pas en faire assez quel que soit le niveau de risques encourus ? Peur de stigmatiser certaines populations à risque alors qu’il s’agit simplement de les protéger, sans les stigmatiser, en leur donnant la responsabilité de se protéger efficacement par des masques, par du confinement, par la distanciation sociale qu’ils peuvent pratiquer avec leurs proches ? Peur de déplaire à l’opinion publique, de ne pas faire appel à son intelligence, à sa responsabilité, pour affronter les risques à due proportion de leur réalité ? Peur des médias et des réseaux sociaux qui montent en épingle des faits insignifiants en leur donnant une importance qu’ils ne devraient pas avoir (exemple : un cluster de quatre personnes contaminées a été découvert dans une région française. Et alors) ? Peur d’affronter la justice, pour nos responsables nationaux et locaux, dans une société où chaque citoyen exigerait que le risque zéro lui soit garanti dans l’ensemble de l’espace non privé (lieux publics, lieux de travail, lieux de consommation, lieux de convivialité, lieux de transport…) ? Peur d’un relâchement généralisé porteur de seconde vague mortelle ? Peur de basculer trop rapidement dans le déconfinement sans distanciation physique, ce qui donnerait cet entre-deux ingérable au-delà du 2 juin ? Peur de ne plus savoir affronter la mort qui fait partie de la vie ?
En cette période de déconfinement, ne faisons pas le lit des peurs en nous éloignant de tout discernement. Ne demandons pas l’impossible. Ne basculons pas dans le liberticide. Ne plongeons pas nos lieux de vie et d’échange (école, travail, loisirs…) dans l’incapacité de fonctionner correctement. Ne masquons pas les enjeux économiques, sociaux, environnementaux, culturels, démocratiques de notre avenir commun par une lutte sans précaution, sans discernement, contre un virus qui alors nous mènera au bord de l’abime, le remède choisi pouvant s’avérer pire que le mal.

Stéphane Madaule



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