En Éthiopie, 97 personnes tuées dans des violences intercommunautaires

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Les tensions intercommunautaires ont redoublé de violence en Éthiopie ces derniers jours à la suite du décès du chanteur Hachalu Hundessa, tué par balle lundi 29 juin. Plus qu’un simple musicien, l’Éthiopien de 34 ans était perçu comme un porte-voix pour les Oromo, dont il est issu. Ses textes, très politiques, exprimaient les frustrations de ce peuple, majoritaire dans le pays, dénonçant sa marginalisation économique et politique. Lui-même activiste, ses chansons étaient régulièrement reprises lors des actions d’opposition au gouvernement.

Les funérailles du chanteur, jeudi 2 juillet, ont rassemblé près de 500 personnes à Ambo, sa ville de naissance. Elles ont cependant aussi été la cause de violentes manifestations se soldant, entre mardi et mercredi, par la mort de 97 personnes selon la police locale. Deux personnes ont aussi été tuées alors qu’elles tentaient d’assister aux funérailles. Au cœur des préoccupations des manifestants : le lieu choisi pour l’inhumation du chanteur. De nombreux nationalistes oromo souhaitaient le voir être enterré à Addis-Abeba plutôt qu’à Ambo, considérant la capitale comme faisant partie d’un territoire leur ayant été volé.

L’Oromia, région du peuple Oromo, enserre en effet la ville mais ne l’inclut pas. Or, la capitale de l’État fédéral, avec un fort maillage international, « incarne la nation contemporaine » et représente depuis de longues années un enjeu important de la lutte des Oromo pour plus de reconnaissance culturelle et politique, explique Éloi Ficquet, maître de conférences à l’EHESS.

Des tensions politiques et culturelles

Composée de 80 ethnies différentes, l’Éthiopie souffre de tensions violentes à l’intérieur de ses frontières. À la suite de la création d’un fédéralisme ethnique en 1995 qui divise le pays en neuf régions, et malgré une forte disparité des pratiques sociales et culturelles, la culture Amhara s’impose. Les Oromo, qui sont pourtant plus de 35 millions, souffrent de cette domination et revendique aujourd’hui plus de pouvoir politique. Pour autant « leurs représentants n’ont pas encore vraiment su proposer un projet concret à l’échelle nationale mais sont plutôt dans une logique de défense et des intérêts locaux et d’exploitation locale des ressources », analyse Éloi Ficquet.

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L’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018 et la mise en place d’importantes réformes n’a pas réussi à calmer ces tensions. Né d’une mère amhara et d’un père oromo, le chef du gouvernement défend le projet « d’associer les différentes composantes de la nation autour de références communes et prône la réconciliation », explique le spécialiste de la corne de l’Afrique.

Une forte opposition antigouvernementale

De nombreux nationalistes oromo souhaitant plus d’autonomie par rapport aux autorités fédérales l’accusent toutefois de ne pas défendre suffisamment leurs intérêts. En octobre 2019, de fortes manifestations antigouvernementales, qui avaient mené à la mort de 86 personnes, ont éclaté à la suite de la provocation du défenseur controversé des Oromo, Jawar Mohammed qui avait accusé le gouvernement de vouloir s’en prendre à lui.

Ce dernier a d’ailleurs été arrêté mardi 30 juin alors qu’il tentait d’empêcher le transfert du chanteur Hachalu Hundessa vers Ambo. Accusé « de participation dans la mort d’une personne », il a comparu jeudi devant un tribunal d’Addis-Abeba, rapporte l’AFP.

Face à ce rebond de brutalité, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé les différentes parties « au calme » alors qu’une crise humanitaire touche actuellement le pays qui comptait, en 2018, 2,9 millions de déplacés.





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