la société civile réclame justice pour les morts de la révolution

share on:

Il y a presque un an, le 19 décembre 2018, le Soudan ouvrait le bal d’une année de contestation dans le monde. D’Algérie en Haïti, du Liban à l’Irak et l’Iran, de l’Équateur au Chili et jusqu’en Colombie, les sociétés civiles se sont soulevées contre une situation économique intenable, et une classe dirigeante accusée de corruption, soucieuse de préserver ses privilèges.

Les Soudanais furent les premiers à se soulever face un président autocrate, Omar El Béchir, au pouvoir sans partage depuis trente ans, qui a dirigé le pays d’une main de fer et que beaucoup de spécialistes, il y a un an encore, estimaient indéboulonnable.

Omar El Béchir, trente ans de règne sanglant

Ils restent aussi, à ce jour et alors que 2019 approche de sa fin, les seuls à être parvenus à leurs fins. L’ancien régime renversé, l’ex-potentat arrêté et incarcéré, la transition politique en cours, pour trois ans, en vue de l’instauration d’un régime plus démocratique… Un gouvernement dirigé par Abdallah Hamdok, un économiste, s’est mis en place, chargé de gérer le pays, voire de résorber la crise qui fut l’élément déclencheur du mouvement, en décembre 2018.

Le retour des manifestations à Kharthoum

À la veille de décembre 2019, et plus de trois mois après l’accord du 17 août qui a permis de mettre un terme aux affrontements qui ont fait au moins 250 morts et 1 200 blessés, les Soudanais, à nouveau, se font entendre. Des centaines d’entre eux ont manifesté à Kharthoum, samedi 30 novembre, pour réclamer la justice pour leurs camarades tués dans la répression de la contestation qui a abouti, le 11 avril, à la destitution d’Omar El Béchir.

Au Soudan, la contestation meurtrie

Tapant des mains sous les fenêtres du Premier ministre, criant « Sang pour sang », la foule réclame des procès pour les responsables des bains de sang du printemps. « Nous voulons que justice soit rendue aux martyrs, nous avons peur que les criminels ne soient pas jugés », a déclaré un manifestant interrogé dans la capitale soudanaise par l’AFP.

Cette éruption de colère n’arrive pas par hasard. Elle surgit alors que plusieurs anciens hauts responsables sont actuellement emprisonnés, comme Omar El Béchir dont le verdict du procès pour corruption est attendu pour le 14 décembre.

Les militaires qui ont pris le pouvoir après sa chute ont toutefois refusé de le livrer à la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye, qui l’accuse de « crimes contre l’humanité » et de « génocide » au Darfour.

Dissolution du Parti national du Congrès

Ces manifestations interviennent aussi deux jours après la décision des autorités de transition de dissoudre le Parti du Congrès national (NCP), entité politique du président déchu, mais aussi de confisquer tous ses biens, et d’acter le « démantèlement » de son régime. « Aucun symbole du régime ou du parti n’est autorisé à s’engager dans quelque activité politique que ce soit pendant dix ans », proclame la nouvelle loi.

Le NCP a réagi sur sa page Facebook en dénonçant « un scandale moral, une faillite intellectuelle et un échec total du gouvernement illégal ». L’islamiste radical Mohamed al-Jazuli a jugé cette loi « injuste, arbitraire et autoritaire ». Lors de la prière musulmane du vendredi à Khartoum, il a estimé que la décision avait notamment « pour objectif d’exclure l’islam de tous les aspects de l’État », ajoutant qu’une telle décision « pourrait entraîner le pays dans une guerre civile ».

Au Soudan, l’armée provoque la chute d’Omar El Béchir

À l’inverse, l’Association des professionnels du Soudan (SPA), à l’origine des protestations en début d’année, a approuvé une mesure qualifiée de « grand pas en avant vers les objectifs de la révolution et sur le chemin de la construction d’un État civil démocratique ».

Le premier ministre a justifié sa mesure sur Twitter, arguant que cette loi n’est « pas une vengeance », mais « vise à préserver la dignité du peuple soudanais qui a été écrasé par des gens indignes ».

Une ancienne loi restreignant les droits des femmes abrogée

Abdallah Hamdok a aussi justifié une autre décision forte prise par le Conseil souverain, jeudi 28 novembre : l’abrogation d’une loi sur l’ordre public qui restreignait terriblement les droits des femmes durant les années El Béchir, en vertu d’une application rigoriste de la loi islamique. Nombre de Soudanaises avaient en effet subi des flagellations, ou de l’emprisonnement, pour avoir porté un pantalon, ou assisté à des fêtes privées.

« Je rends hommage aux femmes et aux jeunes de mon pays qui ont subi des atrocités résultant de l’application de cette loi (…), connue pour avoir été utilisée comme un outil d’exploitation, d’humiliation et de violation des droits », a écrit le Premier ministre, vendredi 29 novembre, sur Twitter. Amnesty International a salué « un grand pas en avant pour les droits des femmes au Soudan ».

Au Soudan, le combat des femmes pour être reconnues





Facebook Comments

Leave a Response