« Le sport est devenu un outil indispensable pour peser dans les affaires du monde »

Alors que la stratégie d’investissement menée par le Qatar au sein du Paris Saint-Germain a fait couler beaucoup d’encre dans le cadre des Football Leaks ; le petit émirat du Moyen Orient n’est pourtant pas le seul pays à investir massivement dans le football. Afin de mieux comprendre l’intérêt croissant des Etats pour le football – et plus généralement le sport – Ecofoot.fr a interrogé Jean-Baptiste Guégan, Spécialiste de la géopolitique du sport et auteur de Géopolitique du Sport : Une autre explication du monde.

Au cours de la dernière décennie, de nombreux pays – Qatar, Emirats Arabes Unis, Chine, Russie, Azerbaïdjan… – se sont intéressés au football en encourageant ou en coordonnant d’ambitieuses politiques d’investissement, donnant lieu à des rachats de club, à la signature de contrats de sponsoring ou encore à l’organisation de grandes compétitions internationales. Pourquoi le football suscite-t-il autant d’intérêt ?

Le football est le sport le plus puissant au monde. C’est le sport le plus pratiqué sur la planète et celui qui génère les plus importants revenus. Il bénéficie d’un écho médiatique très important.

Les Etats qui investissent dans le football ont généralement défini au préalable une stratégie détaillée, avec des objectifs précis. Ce sont rarement des investissements improvisés ! Le but est d’accroître la notoriété du pays aux yeux du monde via le « Nation Branding ». C’est-à-dire en vendant l’image du pays de façon valorisante, en utilisant notamment le football.

A travers de tels investissements, les pays cherchent avant tout à exister sur la scène internationale. Le sport – et en l’occurrence le football – constitue désormais une dimension à part entière de la diplomatie publique. A travers cet instrument de « soft power », les pays investissant dans le football vont chercher à rayonner, à montrer qu’ils sont capables de faire partie des nations qui comptent ou encore à montrer qu’ils sont reconnus par les autres nations. Ils cherchent tout simplement à peser sur les affaires du monde.

« Le sport, et en l’occurrence le football, constitue désormais une dimension à part entière de la diplomatie publique »

Si les objectifs généraux sont similaires, la finalité entre les différentes stratégies peut différer en fonction des pays. Par exemple, à travers ses investissements, le Qatar cherche une visibilité internationale pour, avant tout, préserver sa sécurité dans un contexte géopolitique tendu. Concernant la Chine, l’Empire du Milieu veut surtout concurrencer les Etats-Unis dans le domaine du sport afin d’affirmer sa puissance globale. Du côté des Emirats Arabes Unis, on investit dans le football pour faire de l’entrisme.

D’ailleurs, le « Nation Branding » ne s’applique pas qu’au football. Un pays comme le Kenya a structuré une politique ambitieuse pour dominer les courses de demi-fond dans les grandes compétitions internationales. Des pays comme les Emirats Arabes Unis ou encore le Kazakhstan ont dernièrement investi dans des équipes cyclistes.

Cette volonté d’organiser des politiques d’investissement dans le sport au niveau étatique a commencé à s’amplifier il y a environ 20 ans. Cela correspond à l’évolution du monde dans lequel nous évoluons. C’est-à-dire un monde complexe, où le nombre de puissances capables de contrôler le monde se multiplie et où les acteurs n’ont jamais été aussi nombreux. Ce monde multilatéral suppose d’exister aux yeux des autres et d’être considéré par l’opinion publique internationale.

Exercer une influence dans le secteur sportif est-il aujourd’hui indispensable pour qu’un pays puisse être considéré comme une puissance globale ?



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