Le Tchad s’inquiète des violences dans l’Est

Des conflits entre éleveurs et cultivateurs exacerbés par l’instabilité de la région

Idriss Déby s’est rendu dimanche 18 août dans la région du Sila, dans l’est du Tchad. Le président tchadien y a déclaré l’état d’urgence pour trois mois, ainsi que dans la région voisine du Ouaddaï. Cette zone de transhumance, située à la frontière entre le Tchad et le Soudan, est le théâtre d’affrontements entre cultivateurs et éleveurs. Ils ont fait plus de 50 morts en moins d’un mois, selon la présidence tchadienne.

Depuis plusieurs dizaines d’années, ces régions sont en proie à des conflits entre éleveurs nomades arabes et cultivateurs autochtones ouaddaïens. À l’origine, on retrouve souvent le même scénario : un troupeau de dromadaires piétine le champ d’un agriculteur ou un jardin cultivé par une famille, déclenchant la confrontation entre les hommes des deux communautés, la plupart du temps avec des armes à feu.

À lire : les conflits entre éleveurs et cultivateurs embrasent le Nigeria

Ce mois-ci, les violences ont éclaté après la découverte du corps d’un jeune éleveur arabe dans un village de la sous-préfecture de Wadi Hamra, entraînant des affrontements entre sa communauté et des agriculteurs ouaddaïens.

Ces situations conflictuelles entre éleveurs, généralement peuls et musulmans, et agriculteurs, souvent chrétiens, se retrouvent dans plusieurs autres pays africains, notamment au Nigeria ou en Centrafrique. L’insécurité liée au terrorisme dans le Sahel et ses marges a modifié les routes du pastoralisme qui perturbe maintenant de nouvelles régions. Pour éviter les conflits, le pouvoir tchadien a poussé les éleveurs peuls à s’installer en Centrafrique et il les arme dans ce but.

Idriss Déby, partenaire privilégié de la France

Lors de son déplacement dans le Sila, Idriss Déby a expliqué aux autorités locales la marche à suivre : « S’il y a encore des conflits entre Arabes et Ouaddaïens, (…) vous en tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l’autorisation ». La Convention tchadienne de défense des droits humains (CTDDH) a condamné les consignes du président, « scandalisée par l’appel au massacre des civils ».

Le président tchadien a également annoncé un déploiement de « forces militaires qui vont assurer la sécurité de la population dans la zone ». « Dès que je quitte la province de Sila, il faut désarmer tous les civils de la zone qui ont des armes entre les mains », a-t-il ordonné. Il a décidé l’interdiction de circuler à moto dans les deux régions, ainsi que la suspension des chefs des deux cantons où se sont déroulés les affrontements.

Idriss Déby a incriminé l’afflux d’armes venues des pays frontaliers du Tchad en proie à de graves conflits comme la Libye, la Centrafrique ou le Soudan. « La cause principale de ce conflit intercommunautaire est liée au désordre régional qui dégénère au Soudan », a-t-il insisté. La région du Ouaddaï est frontalière du Darfour. Les mêmes ethnies vivent de part et d’autre de la frontière.

À lire : le Tchad, un géant aux pieds d’argile

Le pouvoir de N’Djamena a pris ses précautions depuis le début des troubles politiques cette année au Soudan. Les protestations publiques comme les réseaux sociaux sont interdits, le pouvoir craignant un effet tache d’huile, où les jeunes Tchadiens viendraient imiter leurs voisins soudanais.

Idriss Déby redoute et utilise en même temps l’instabilité régionale. Il est devenu le partenaire privilégié de la France dans la lutte contre le terrorisme. Face à Boko Haram, l’armée tchadienne est en pointe dans la sous-région. N’Djamena abrite le QG des forces françaises de l’opération « Barkhane », destinée à lutter contre les islamistes armés de la région.





Facebook Comments

Leave a Response