L’Église chaldéenne à l’écoute des laïcs

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Retour des chrétiens dans la pleine de Ninive ou consolidation de l’identité chaldéenne. En Irak, l’Assemblée synodale des Évêques de l’Église chaldéenne vient de s’achever au terme de sept jours de travaux dans le complexe patriarcal d’Ankawa en banlieue d’Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Patriarche de cette église orientale, le cardinal Louis Raphaël Sako revient sur les principaux enjeux de ce synode auquel des laïcs ont pris part, une première.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

«Comment servir les fidèles (que l’on accompagne), sans les entendre ni les connaître?» s’interroge le cardinal Louis Raphaël Sako. Dans les traces du Pape François, le patriarche de l’Église chaldéenne rejette un cléricalisme qui créerait une séparation entre le clergé et les laïcs. Parce que les pasteurs et leurs fidèles forment «une seule équipe» ; parce que les prêtres et évêques «ne savent pas tout» et que les fidèles ont du «talent», seize laïcs dont des femmes ont participé au synode de l’Église chaldéenne. Cela n’était jamais arrivé par le passé.

Des laïcs exigeants vis-à-vis du clergé

Lors de six ateliers, organisés les 6 et 7 août dernier, ils ont pu exprimer leurs souhaits. «Ils ressentent avant toute chose le besoin de participer à la vie de l’Église», rapporte le patriarche. Ils voudraient également vivre pleinement la liturgie de leur Église. Certains textes datent du VIIème siècle et ne sont pas compris d’eux.

Leurs exigences portent également sur la formation de leur prêtres afin qu’ils soient «au niveau des situations pastorales et théologiques» qui s’imposent à eux. Les laïcs ont insisté sur la qualité nécessaire selon eux  aux prêtres et aux évêques, qu’ils soient «des grands-frères, des pères, et non des princes». Ces derniers ne doivent pas être seuls en charge des économies de leur paroisse ou diocèse, ont estimé les laïcs qui ont formulé le souhait d’une plus grande transparence.

À l’issue du synode, il a été convenu qu’une conférence des laïcs chaldéens se tiendra en 2022. Elle sera précédée d’une rencontre dédiée aux jeunes au printemps prochain. Il y sera question de foi, de vocation et du sacrement du mariage.

Une démographie contraire 

Lors ce synode, la question du retour des déplacés au Kurdistan irakien a également été évoquée. La moitié des chrétiens ayant fui le groupe de l’État islamique en 2014 serait rentrée, affirme le cardinal Sako. Les autres semblent s’être enracinés là où ils ont trouvé du travail. L’Église chaldéenne les encourage cependant à regagner leurs villages, et à ne pas vendre leurs maisons ; cela changerait profondément la démographie dans ces localités de la plaine de Ninive.

Quant à la sécurité de ceux qui ont regagné leurs foyers, «elle s’est améliorée et s’améliorera» s’ils sont toujours plus nombreux à rentrer, assure le cardinal Sako. Il souhaite que les milices quittent les villages où ils se trouvent encore, malgré les directives données par le gouvernement central. Il revient selon lui à la population locale et à la police irakienne de maintenir l’ordre public.

Citoyen de premier classe

Les chrétiens ont leur place en Irak. Le cardinal Sako estime qu’«il y a une prise de conscience, même au sein du clergé musulman, favorable à un régime civique basé sur la citoyenneté», tout en réaffirmant ses inquiétudes face à une islamisation de la vie politique et de la législation. Un problème qui concerne tout le Moyen-Orient, à l’exception  du Liban, et dont doivent se saisir l’ensemble des patriarches chrétiens de la région. Il les invite à se réunir pour établir un projet garantissant l’égalité, contre le sectarisme.

Interview du cardinal Louis Raphaël Sako





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