» Nuages au paradis ? Trump visiblement absent de la campagne de Netanyahu

Le refrain de la nouvelle chanson de campagne électorale du Likud salue les liens étroits du chef du parti Benjamin Netanyahu avec les présidents de Russie et des États-Unis.

« Yalla Poutine, yalla Trump, venez à Jérusalem », chante Maor Edri dans une chanson qui compare aussi le Premier ministre à Dieu en clamant qu’il « ne dort ni ne sommeille ».

Ce numéro accrocheur n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la manière dont le fait de souligner la stature de Netanyahu comme homme politique mondial est devenu un élément central de la stratégie électorale de son parti, avant le vote du 17 septembre prochain. D’immenses panneaux d’affichage montrant le Premier ministre serrant la main de Donald Trump sont apparus à Tel Aviv et à Jérusalem, et ses comptes rendus sur les réseaux sociaux continuent à produire des clips mettant en évidence l’appréciation du président américain et son affection pour le Premier ministre israélien.

Mais, remarquablement, jusqu’à présent, Trump n’a pas rendu la pareille – ni par des retweets, ni, plus important, par des gestes diplomatiques importants non plus.

Au cours des semaines qui ont précédé les premières élections à la Knesset de cette année, le 9 avril, la Maison Blanche a pris plusieurs mesures qui ont été considérées par beaucoup comme des efforts évidents pour aider Netanyahu à se faire réélire. En revanche, dans l’actuelle période électorale, l’administration américaine n’a rien fait de tel, signalant peut-être d’importantes fissures dans la bromance Trump-Netanyahu.

Début février, le président américain a partagé sur Instagram le message de Netanyahu montrant un panneau publicitaire de campagne le représentant avec le Premier ministre israélien.

Un porte-parole de l’ambassade américaine à Jérusalem a déclaré au Times of Israel à l’époque que l’administration ne soutenait aucun candidat aux élections israéliennes et a expliqué que la publication Instagram était simplement le reflet des « relations fortes » et des liens entre Netanyahu et Trump, et leur « respect mutuel ».

Il n’y a pas eu de silence complet depuis avril. En effet, après ces élections, le président a félicité Netanyahu pour sa victoire apparente ; puis, le 16 juin, il a remercié Netanyahu et l’Etat d’Israël pour le « grand honneur » d’avoir nommé une ville du plateau du Golan en son honneur ; et le 21 juillet, il a applaudi Netanyahu pour être devenu le Premier ministre ayant exercé le plus long mandat, disant que sous son leadership, « Israël est devenu une puissance technologique et une économie de classe mondiale. »

Mais avant la tenue de la deuxième élection de cette année, que Netanyahu a déclenché après avoir été incapable de former une coalition, Trump n’a partagé aucune des nombreuses publications du Premier ministre saluant leur lien spécial, et n’a pas agi de façon spectaculaire pour augmenter ses chances.

Au moment où les dernières élections entraient dans leurs derniers jours, l’administration américaine avait fait plusieurs gestes diplomatiquement significatifs, voire historiques, qui étaient probablement destinés à aider la campagne de Netanyahu.

Le 21 mars – deux semaines et demi avant le jour des élections – le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a fait une visite au mur Occidental en compagnie du Premier ministre. C’était la première fois que le plus haut diplomate de Washington se rendait sur le lieu saint juif accompagné d’un haut responsable israélien, ce qui pouvait être considéré comme une reconnaissance tacite par les Américains de la souveraineté israélienne sur la Vieille Ville disputée de Jérusalem.

Plus tard dans la journée, Trump lançait une bombe encore plus grosse, annonçant son intention de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, mettant fin à des décennies de politiques américaines traditionnelles.

Quatre jours plus tard – 15 jours avant les élections israéliennes – M. Trump accueillait M. Netanyahu à la Maison Blanche, où il a signé un décret déclarant que les États-Unis « reconnaissent désormais que le plateau du Golan fait partie de l’État d’Israël ».

L’administration a fait un dernier cadeau électoral potentiel à Netanyahu le 8 avril, quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote en Israël, lorsque le président a officiellement désigné le Corps des Gardiens de la Révolution iranien comme organisation terroriste.

Il est impossible, bien sûr, de déterminer si Pompeo priant au mur Occidental, Trump reconnaissant le Golan et sa liste noire de terroristes iraniens ont influencé le vote de quiconque en faveur de Netanyahu. Mais rares sont ceux qui nieraient que le moment choisi pour ces initiatives, manifestement proches de l’élection, suggère qu’elles visaient à dire aux électeurs israéliens que leur dirigeant actuel, et sa relation étroite avec le dirigeant du monde libre, étaient bons pour son pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, (à gauche), au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 mars 2019. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Mais au moment d’écrire ces lignes, à peine une semaine avant la réouverture des bureaux de vote, l’administration n’a pas annoncé une seule initiative pro-israélienne d’une telle ampleur.

Certes, la Maison Blanche continue d’être résolument pro-israélienne. Elle n’a certainement rien fait pour miner la candidature de Netanyahu. Et elle pourrait encore faire un geste drastique pour augmenter ses chances, par exemple en relâchant l’ancien espion Jonathan Pollard, qui aspire à venir en Israël, mais qui n’y est pas autorisé actuellement.

Mais jusqu’à présent, non seulement Trump n’a rien fait d’extraordinaire pour aider le Premier ministre israélien, mais il lui a compliqué la vie.

Le 15 août, après qu’Israël a publiquement déclaré qu’il n’interdirait pas à deux femmes musulmanes du Congrès – Rashida Tlaib du Michigan et Ilhan Omar du Minnesota – de visiter Israël et la Cisjordanie, Trump a tweeté que leur donner le droit d’entrer dans ce pays « montrerait une grande faiblesse ».

Ne voulant pas contrarier le président, Netanyahu chargea son ministre de l’Intérieur d’annoncer que Tlaib et Omar étaient effectivement personæ non gratæ en Israël, un geste qui lui valut beaucoup de critiques, y compris de la part d’organisations juives américaines et de partisans pro-Israël au Congrès, des deux côtés de l’échiquier.

« Loin d’aider Netanyahu, cette affaire a donné l’impression que le Premier ministre était revenu sur sa décision sous la pression américaine et agi comme un laquais de Trump. Pire encore, à l’heure actuelle, Netanyahu se retrouve sans atout », écrivait le mois dernier Aaron David Miller, ancien négociateur au Moyen-Orient dans les administrations démocrate et républicaine, dans une tribune dans laquelle il se demandait si « l’amitié entre Trump et Netanyahu avait disparu ? »

Plus inquiétant dans l’immédiat, et de loin, pour Israël : le rapprochement apparemment imminent de l’Amérique avec l’Iran. La semaine dernière, Trump a déclaré qu’une rencontre avec le président de la République islamique, Hassan Rouhani, était « possible ». Depuis, les responsables de l’administration ont indiqué à plusieurs reprises que le président était en effet enclin à accepter une réunion, peut-être déjà ce mois-ci, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.

Lorsque l’idée d’un sommet américano-iranien est apparue pour la première fois, le mois dernier en France, Netanyahu aurait tenté « frénétiquement » pendant une heure de joindre Trump au téléphone. Mais le président n’était pas disponible, constituant peut-être la première fois que Netanyahu n’est pas parvenu à parler à son ami dans le bureau ovale.

Ces dernières semaines, on a beaucoup spéculé sur un cadeau électoral majeur de dernière minute de la part de l’administration, qui pourrait prendre la forme d’une visite présidentielle ou d’un pacte de défense bilatéral, ou du moins d’une annonce concernant l’ouverture de négociations sur un tel accord, ou d’une autre déclaration présidentielle concernant l’engagement constant des États-Unis envers la sécurité israélienne. Aucune annonce officielle n’a été faite au moment de la rédaction du présent article.

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu présentent un décret sur le plateau du Golan devant l’aile ouest après une réunion à la Maison-Blanche, le 25 mars 2019, à Washington. (Brendan Smialowski/AFP)

Trump pourrait, bien sûr, tweeter quelque chose conçu pour aider Netanyahu dans les jours qui restent avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes. Mais le fait qu’il ne l’ait pas encore fait, qu’il flirte avec l’Iran et qu’il ne réponde pas rapidement au téléphone quand Netanyahu appelle, peut indiquer que des nuages se sont installés au paradis.

Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël et critique obstiné de Trump, a donné une explication possible du soutien plus froid qu’enthousiaste que l’habituelle chaleur que Netanyahu a reçue jusqu’ici de la Maison Blanche.

« Il est possible qu’ils attendent simplement un fait spectaculaire dans la phase finale. Mais il est également possible que Trump, qui aime s’associer avec les gagnants, se sente incertain de l’issue des élections et ne veuille pas être fortement associé à un candidat qui n’est pas élu », a dit Shapiro.

« Mais j’ai depuis longtemps cessé d’essayer de lire dans l’esprit de Donald Trump », a-t-il précisé.







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