RD CONGO : LA DÉCLARATION MALADROITE DE LE DRIAN

La déclaration du ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, le jeudi 10 janvier au matin, conteste les résultats proclamés dans la nuit par la commission électorale. La France, tout comme l’Union européenne, n’avait aucun observateur électoral en RDC. Le ministre Le Drian s’appuie sur les évêques de l’Église catholique congolaise. Une déclaration qui va à contresens de l’histoire et de l’évolution du continent africain où l’ingérence occidentale et les jugements sont très mal perçus et appartiennent d’ailleurs au passé.

La France, comme les autres partenaires occidentaux de la RDC, ont été tenus à l’écart de ce processus électoral intégralement financé par le gouvernement congolais. Depuis la fin du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila, en décembre 2016, les Occidentaux ont multiplié les pressions diplomatiques et recours à des sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis visant des hauts cadres du régime, cela a échoué. Ce sont bien les pays voisins, les organisations sous régionales, comme la Communauté de développement d’Afrique australe et l’Union africaine, qui ont redoublé d’efforts pour permettre cette première alternance pacifique de l’histoire du pays. Il faut reconnaître que les diplomates africains se sont montrés plus habiles, efficaces et plus au fait des complexités que leurs homologues occidentaux qui ont même gêné leur travail, à un moment.

Comme les trois grands candidats à la présidentielle, Martin Fayulu, était persuadé de sa victoire. Il était conforté par les observations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Il a d’ailleurs dénoncé dans la nuit un « hold-up électoral » et a appelé la Cenco à publier les « vrais résultats » dont elle est censée disposer.

Hier après-midi, les évêques ont fait savoir que ces résultats provisoires proclamés par la Commission électorale « ne correspondaient pas » aux données collectées par ses observateurs à partir des bureaux de vote et de dépouillement. Elle appelle les candidats à contester « par des moyens de droit, conformément à la Constitution ».
Il en va de même de l’Union africaine (UA) pour qui il « est important que toute contestation des résultats proclamés, notamment celle portant sur leur non-conformité avec la vérité des urnes, se fasse pacifiquement, par le recours aux procédures prévues par les textes en vigueur et le dialogue politique entre toutes les parties prenantes », comme l’a déclaré le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.

Félix Tshisekedi pourrait donc bien évoluer dans un environnement institutionnel délicat, avec une marge de manœuvre limitée. S’il joue le jeu du « partenaire » de Joseph Kabila pour l’instant, réussira-t-il à réajuster sa position pour s’imposer comme l’opposant au pouvoir qui tient les rênes et décide vraiment sur les grandes questions stratégiques ? De quelle protection et de quelle immunité, en dehors de celle de sénateur, Joseph Kabila disposera-t-il ? Félix Tshisekedi, peut-il prendre l’avantage et dépecer le système de son prédécesseur ? L’avenir le dira.

 

KHOUDIA GAYE

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Article issu d’un autre site et repéré via guineestars.com

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