Turquie : les dessous de l’affaire du journaliste saoudien Jamal Khashoggi

C’est la dernière image filmée du journaliste saoudien, prise par la vidéosurveillance du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Khashoggi en est-il ressorti vivant ?/ MaxPPP
Photo non datée de Jamal Khashoggi. Getty Images/AFP
C'est la dernière image filmée du journaliste saoudien, prise par la vidéosurveillance du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Khashoggi en est-il ressorti vivant ?/ MaxPPP

La disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dans les locaux du Consulat General de l’Arabie Saoudite à Istanbul le 2 octobre garde son mystère depuis, malgré l’émoi international qu’elle suscite. La crise diplomatique entre Ankara et Ryad gagne de l’ampleur.

Les autorités turques avaient demandé officiellement l’autorisation de fouiller les locaux diplomatiques, avec l’intention d’appliquer la technique «luminol» pour détecter les traces de sang sur les murs. Les Saoudiens qui ont autorisé la police turque à inspecter leurs locaux consulaires dans un premier temps, ont finalement changé d’avis. Riyad s’oppose à une fouille technique et ne permettrait à la police que le droit de «regard» sur l’intérieur du consulat, sans «toucher» quoi que ce soit.

Le meurtre hautement probable du journaliste Jamal Khashoggi, relève plutôt d’une affaire d’espionnage et de contre-espionnage.

Un agent au service des Frères musulmans ?

D’après un analyste proche des services secrets turcs MIT, Khashoggi aurait livré aux Frères musulmans, les noms des agents saoudiens qui avaient infiltré la confrérie. Donc son meurtre supposé – et commandité par Ryad – est une sorte de vengeance de la part des services de contre-espionnage du prince Ben Salmane qui mène une guerre sans merci au mouvement Ihvan (Frères musulmans).

Car Jamal Khashoggi n’est pas un journaliste d’opposition anodin et ses activités dépassent de loin la sphère de l’information. Fils de feu le marchand d’armes Adnan Khashoggi, il était proche du prince Nayef détrôné par Ben Salmane et de la confrérie Frères musulmans. Il a quitté l’Arwabie saoudite pour s’installer aux États-Unis, seulement un mois et demi avant la prise du pouvoir par le nouveau prince. Le «Washington Post» l’a engagé comme chroniqueur, et il est devenu dans un sens le porte-parole des démocrates, opposants à la politique saoudienne de Donald Trump, qui soutient le nouveau prince Ben Salmane.

Dans certains de ses articles, Jamal Khashoggi soutenait que Ryad devrait coopérer avec la confrérie, contre l’Iran. L’écart entre le nouveau pouvoir saoudien du prince Ben Salmane et du journaliste s’est creusé, quand ce dernier appela le prince à cesser les bombardements des civils Houthis au Yémen.

Le régime saoudien est connu pour faire disparaître ses opposants. Mais plusieurs questions restent en suspens sur la disparition de Jamal Khashoggi à Istanbul : Pourquoi avoir choisi la Turquie pour le faire disparaître ? Pourquoi le journaliste avait annulé sa participation au derniermoment, à un congrès prévu à Sakarya (Turquie) le jour même de sa disparition ?

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, Mlle Hatice Cengiz a aussi sa part de mystère dans l’énigme : la famille Khashoggi ne connaît aucune fiancée au journaliste. Son fils a vu la photo, et su le nom de la jeune femme pour la première fois dans la presse turque. Elle est aussi inconnue du public turc et des journalistes qui sont à la recherche de son passé, inexistant pour le moment.

Pour l’analyste des services secrets turcs MIT, le rôle que la fiancée de Khashoggi a joué pour livrer le «condamné» aux Saoudiens, est évident. En fait, les fiançailles n’étaient que les fils du piège que l’on tendait au journaliste.

L’écran de fumée qui enveloppe le crime, est aussi très professionnel : Une «gorge profonde» turque qui parle à la presse américaine des quize tueurs dépêchés par Ryad, etc. Des informations totalement fausses et prémontrées font partie d’un scénario rocambolesque pour brouiller les pistes, pourtant sanglantes.

Cette affaire a aussi le don de semer un peu plus le trouble sur le régime saoudien. Plusieurs pays occidentaux, dont le Royaume-Uni et la France, se sont dits préoccupés par le sort du journaliste et l’affaire Khashoggi refroidissait hier les ardeurs du monde des affaires, qui s’enthousiasmait encore il y a un an pour les pharaoniques projets économiques du prince héritier.

Plus de 15 journalistes et blogueurs saoudiens ont été arrêtés « dans la plus grande opacité » depuis septembre 2017, a affirmé mercredi l’ONG Reporters sans frontières, qui réclame une enquête internationale indépendante sur le sort de leur confrère Jamal Khashoggi.

« Cette disparition s’inscrit dans une vague de répression sévère et souvent opaque qui vise les journalistes saoudiens. Reporters sans frontières demande une enquête internationale indépendante pour déterminer ce qui lui est arrivé », a indiqué l’ONG basée à Paris, dans un communiqué.

La disparition de Jamal Khashoggi « s’est produite dans un contexte de répression intensifiée des journalistes et blogueurs dans son pays d’origine », ajoute l’association de défense de la liberté de la presse. « Depuis septembre dernier, plus d’une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés en Arabie saoudite dans la plus grande opacité : dans la plupart des cas, leur arrestation n’a jamais été officiellement confirmée, et leur lieu de détention ou les charges retenues contre eux n’ont pas été non plus rendus publics », poursuit l’ONG.

lorientlejour.com

Facebook Comments

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here