Un discret groupe de chercheurs de Facebook a créé un brassard qui vous permet ‘d’entendre’ à travers la peau — ça fait partie d’un plan plus global de l’entreprise visant à intégrer les ordinateurs à notre corps

Reuters

  • Les chercheurs de l’ambitieux et discret département de Facebook qui travaille sur le matériel grand public, appelé Building 8, ont créé un brassard qui transforme les mots en vibrations compréhensibles.
  • Ce travail est un élément clé du projet de la société visant à créer les premières interfaces cerveau-machine au monde — des dispositifs qui intègrent essentiellement nos téléphones ou ordinateurs portables dans notre cerveau.
  • L’initiative Building 8, dont Business Insider a pris connaissance pour la première fois en janvier 2017, comprend au moins deux projets majeurs, dont le brassard.
  • Le second est un capteur cérébral non invasif conçu pour transformer les pensées en texte.

Lorsque Regina Dugan, l’ancienne responsable d’un laboratoire secret de Facebook, connu sous le nom de Building 8, a pris la parole lors de la conférence annuelle des développeurs de la société à San Jose, en Californie, en 2017, elle a annoncé son intention de construire un appareil dont seuls très peu de spectateurs pouvaient croire qu’il deviendrait réel.

Elle affirmait que l’appareil permettrait aux utilisateurs d’entendre « à travers leur peau ».

Des centaines de journalistes ont rapidement rangé l’idée au rayon de la science-fiction. Mais l’initiative de Dugan — maintenant dirigée par l’ancien cardiologue de l’Université de Stanford, Freddy Abnousi— semble avoir abouti à au moins un prototype. Dans une étude publiée en juillet dans une revue d’ingénierie évaluée par les pairs, une équipe de chercheurs de Facebook Building 8 décrit en détail, et avec des photographies, un brassard vibrant qui permet de transformer les racines des mots en paroles silencieuses.

Ce que l’appareil semble faire, en gros, c’est convertir une chose entendue — telle que le son d’un journal télévisé ou radio, ou d’une conversation à proximité — en une chose ressentie sous forme de vibration.

Cela pourrait avoir un large éventail d’utilisations, allant de fournir un moyen alternatif (en plus de la langue des signes) aux personnes sourdes d’engager une conversation, jusqu’à permettre à quelqu’un « d’écouter » quelque chose qu’ils ne sont pas autorisés à entendre, en passant par permettre aux gens de communiquer avec un téléphone ou un ordinateur en conduisant ou en effectuant une autre activité.

« Vous pourriez penser à cela comme à un système de traduction très facile où, au lieu d’avoir recours à un traducteur en langue des signes pour traduire un discours, une personne sourde pourrait simplement porter un de ces brassards », indique à Business Insider un neuroscientifique à l’université de Californie, San Francisco (UCSF), souhaitant conserver son anonymat.

« Un produit matériel avec plusieurs degrés de liberté »

Une équipe de 12 chercheurs — dont la moitié proviennent de Building 8 — a rédigé le document décrivant le dispositif, qui a été publié le 31 juillet dans la revue IEEE Transactions on Haptics (IEEE signifiant Institut d’ingénierie en électricité et en électronique).

En plus d’afficher une photo et un schéma de l’appareil, les auteurs décrivent en détail une série de tests qu’ils ont effectué sur des sujets d’étude humains. Les sujets tentent de déchiffrer les mots que le brassard communique via divers motifs de vibrations.

IEEE

Le point central de l’appareil est ce que la linguistique appelle un phonème.

Lorsque nous parlons, les sons que nous produisons avec notre bouche peuvent généralement être décomposés en un ensemble plus petit de ce qu’on appelle les phonèmes ou sons fondamentaux. Le mot « meat » (« viande » en anglais), par exemple, est composé de trois phonèmes: le son qui produit « M », le son qui produit « ee » et le son qui produit le « T » dur.

Le brassard transforme essentiellement chacun de ces sons racines en un motif vibratoire unique. Ainsi, la vibration pour « M » serait distincte de la vibration pour « ee » et « T. »

Chaque mot a alors son propre motif vibratoire.

« Ce dispositif matériel a plusieurs degrés de liberté », indique le neuroscientifique de l’UCSF. « Vous avez des électrodes qui vibrent et vous pouvez les utiliser pour créer un symbole, puis vous prenez ces symboles et vous les associez pour créer un discours. »

Le brassard comporte de nombreuses électrodes, affirme-t-il, ainsi que de nombreuses façons de les activer. Cela donne aux utilisateurs un grand nombre de combinaisons potentielles avec lesquelles composer — soit un vocabulaire potentiel assez volumineux.

Dans l’article, 12 participants ont été formés à l’utilisation de l’appareil en jouant avec un clavier jusqu’à en comprendre le fonctionnement. Ensuite, le brassard a été utilisé pour communiquer 100 mots différents avec 39 phonèmes, et les participants ont été invités à identifier les mots.

Dans l’ensemble, les participants se sont « plutôt bien comportés », selon le neuroscientifique de l’UCSF. Ils ont non seulement appris à utiliser le dispositif « assez rapidement », précise-t-il, mais ils étaient aussi « étonnamment bons » pour identifier correctement les mots.

« Tous les participants ont pu apprendre les symboles haptiques associés aux 39 phonèmes anglais avec une précision de 92% en 100 minutes », écrivent Abnousi et ses coauteurs.

Ce que le brassard signifie pour la course aux machines connectées à notre esprit

Plusieurs entreprises s’efforcent actuellement de relier l’esprit et la machine au moyen de dispositifs appelés interfaces cerveau-ordinateur. La première à mettre les fonctionnalités d’un ordinateur portable dans votre tête ouvrirait la voie à une communication sans obstacle, instantanée, et avec n’importe qui — ou n’importe quoi.

Jusqu’à présent, deux personnalités mènent publiquement cette course: Elon Musk et Mark Zuckerberg. Leurs projets secrets, appelés respectivement Neuralink et Building 8, se concentrent sur des approches qui nécessiteront une intervention chirurgicale sur le cerveau, selon des chercheurs familiers des deux entreprises.

Mais ces grandes avancées nécessitent de petites étapes et, pour créer un ordinateur intégré au cerveau, les chercheurs doivent repenser la façon dont nous interagissons avec nos appareils.

Les deux projets semi-publics actuels de Building 8 comprennent le brassard d’Abnousi ainsi qu’un capteur cérébral non invasif conçu pour transformer les pensées en texte. Le projet de capteur cerveau-texte, décrit pour la première fois en avril dernier par l’ancien journaliste de Business Insider Alex Heath, est dirigé par Mark Chevillet, neuroscientifique recruté par Dugan en 2016. Dugan a quitté Facebook en octobre de l’année dernière pour « diriger un nouveau projet ».

Dans une interview avec Business Insider réalisée l’année dernière, Abnousi a décrit le contact physique comme « cette manière innée de communiquer que nous utilisons depuis des générations, mais dont nous nous sommes éloignés récemment pour nous tourner vers les écrans ».

Le but ultime d’Abnousi? Que son appareil soit « juste une partie de vous », indiquait-t-il.

Version originale: Erin Brodwin et Alex Heath/Business Insider

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