Une coalition de droite est nécessaire pour réformer la justice

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Autrefois considérée comme l’étoile montante la plus brillante de la droite israélienne et le sujet de nombreux profils aux manchettes éclatantes comme « La femme qui pourrait être le prochain dirigeant d’Israël », Ayelet Shaked s’est retrouvée hors de la Knesset et sans emploi après que son parti, HaYamin HaHadash, a échoué aux élections d’avril à passer le seuil électoral.

Cinq mois plus tard, après avoir été catapultée à la tête de l’union des partis de droite nouvellement formée, Yamina, et s’être vu donner une seconde chance par d’inédites élections répétitives, l’ancienne ministre de la Justice a repris le chemin de la campagne électorale et travaille d’arrache-pied pour éviter un nouvel échec.

« Nous avons créé un grand parti qui crée une unité entre la droite idéologique laïque et tout le sionisme religieux, et nous nous concentrons à la fois sur les valeurs et sur d’autres questions sur lesquelles nous ne nous étions pas concentrés la dernière fois, comme l’économie », a déclaré Shaked au cours d’une interview au Times of Israel lundi soir tard dans la nuit, après une journée exténuante au cours de laquelle elle a prononcé deux discours d’ouverture et tenu une réunion privée pour quelque 250 électeurs anglophones, à Beit Shemesh.

Shaked, 39 ans, et son co-leader de HaYamin HaHadash, l’ancien ministre de l’Éducation Naftali Bennett, se sont séparés de leur parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi en décembre dernier pour former la faction, et ont cherché à faire appel aux électeurs laïcs de droite. La manœuvre s’est retournée contre eux, les excluant complètement de la Knesset. L’Union des partis de droite nouvellement formée, qui comprenait HaBayit HaYehudi, a obtenu cinq sièges, contre huit sous Bennett.

Mais après l’échec de Netanyahu à former une coalition gouvernementale et le déclenchement de nouvelles élections, Bennett et Shaked se sont lancés dans la reconstruction de la coalition de droite qu’ils avaient abandonnée. Malgré l’opposition des milieux les plus conservateurs du secteur sioniste religieux (un rabbin éminent a affirmé publiquement que « le monde complexe de la politique n’est pas une place » pour une femme), les sondages ont montré qu’elle était la plus populaire des candidates pour diriger la nouvelle droite réunifiée. Après de dures négociations, le rabbin Rafi Peretz, chef du parti HaBayit HaYehudi, s’est retiré, permettant à Shaked de diriger la nouvelle alliance Yamina (« à droite »).

Tirer le gouvernement vers la droite

Tout en étant fière d’avoir créé un bloc unifié de partis à la droite du Likud, Shaked, parlant lundi, n’a pas caché le fait qu’elle et Bennett étaient au centre du parti, et qu’eux et leur approche étaient une raison clé pour laquelle les électeurs devraient les choisir.

« Notre message général est que nous seuls, notre parti, sommes les seuls à vraiment tirer le gouvernement à droite et à mener notre politique de droite… J’ai commencé à modifier le système juridique pour le rendre équilibré, pour le rendre plus conservateur. Il y a beaucoup d’autres choses que nous devons faire avec l’économie pour la transformer en une économie plus libérale, plus libre et sans frontières, avec les syndicats, mais avec moins de pouvoir. Plus de liberté, plus de concurrence. Il y a tant d’autres choses à faire, et nous sommes aussi des politiciens qui peuvent mettre en œuvre ces choses », a-t-elle dit de Bennett et d’elle-même.

« Lorsque Netanyahu a établi des coalitions avec des partis de gauche, comme en 2009 lorsqu’il s’est assis avec Ehud Barak, il a libéré un millier de terroristes, gelé des constructions en Cisjordanie et prononcé le discours de Bar Ilan [acceptant le principe d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien]. Nous sommes ensuite entrés en politique et avons changé la réalité. Nous avons commencé à discuter de l’application de la souveraineté [israélienne] [sur la Cisjordanie] – loin d’une discussion sur un État palestinien. »

La ministre de la Justice Justicer Ayelet Shaked, (à gauche), et le ministre de l’Education Nafatli Bennett annoncent la création de HaYamin HeHadash lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 29 décembre 2018. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Annonçant en décembre qu’ils quitteraient le parti sioniste religieux pour former HaYamin HaHadash, Bennett (qui dirigeait le parti à l’époque, mais avait abandonné la première place avant les élections de septembre) et Shaked déploraient avoir perdu leur influence sur Netanyahu et affirmèrent qu’ils devaient avoir une nouvelle plateforme politique pour obtenir un réel résultat. Les deux ont critiqué le Premier ministre pour une série de décisions politiques qu’ils ont dénoncées comme s’étant « écartées du chemin de la droite ». Ce faisant, ils semblaient pour la première fois tenter de mener une campagne électorale qui mettait directement en cause Netanyahu et son parti, le Likud.

Depuis qu’elle est à la tête de Yamina, Shaked s’est heurtée à Netanyahu et au Likud à plusieurs reprises, tout en affirmant que son parti le recommandera néanmoins de former un nouveau gouvernement après les élections à la Knesset en septembre prochain

En réponse aux accusations portées par les responsables du Likud selon lesquelles Yamina s’en prendrait spécifiquement au parti au pouvoir – et non à Kakhol lavan ou Yisrael Beytenu – parce qu’il veut rejoindre une éventuelle coalition sans le Likud, Shaked a riposté avec la même énergie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient avec la ministre israélienne de la Justice, Ayelet Shaked, lors du vote sur le budget national pour 2017-2018, dans la salle de réunion du Parlement israélien, le 21 décembre 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est absolument absurde. Le Likud nous attaque. Nous n’avons jamais poursuivi le Likud. Le Likud faisait campagne contre nous, mais ils ont arrêté et c’est bien qu’ils aient arrêté. Nous attaquons constamment [le président de Kakhol lavan Benny] Gantz et [le président d’Yisrael Beteynu Avigdor] Liberman », a-t-elle déclaré dans l’interview. « Si le Likud avait continué à faire campagne contre nous, il aurait prouvé qu’ils allaient former un gouvernement avec la gauche. »

Shaked a également insisté sur le fait que Yamina, tout en n’excluant pas un gouvernement d’unité nationale, « œuvrait pour former un gouvernement de droite, et uniquement de droite ».

« Nous ne recommanderons que Netanyahu [en tant que Premier ministre] et nous ne siégerons que dans un gouvernement dirigé par quelqu’un de la droite », a-t-elle ajouté, expliquant ensuite comment elle pensait que le bloc de droite pouvait atteindre une majorité de 61 sièges à lui seul.

« Si l’électorat de droite agit de manière responsable et ne vote pas pour des partis qui ne dépasseront pas le seuil électoral et ne gaspilleront pas de votes, un gouvernement de droite sera alors formé », a-t-elle dit sans aucune ironie sur le fait que son parti HaYamin HaHadash a exactement fait cela.

Et, a-t-elle ajouté, « Si Yamina ne devient pas une grande faction de la Knesset, Netanyahu formera un gouvernement avec la gauche ».

Les bouleversements juridiques, encore une fois

Selon Shaked, une coalition de droite est nécessaire, entre autres raisons, pour qu’elle puisse « achever le travail qu’elle a commencé » dans la réforme du système de la justice.

En tant que ministre de la Justice de 2015 jusqu’au début de cette année, Shaked a fait pression en faveur d’une vaste réforme de la magistrature pour affaiblir les pouvoirs de la Cour suprême, et espérait poursuivre dans cette voie après l’élection. Dans le plan le plus complet et le plus profond présenté par l’un des partis de droite qui se sont présentés aux élections, Shaked a promis, avant les élections d’avril, un « bouleversement juridique » pour démanteler le contrôle judiciaire de la Cour sur le Parlement et, en même temps, donner à la Knesset le plein pouvoir de nommer des juges.

Admettant que la question n’a pas été au cœur de la campagne jusqu’à présent, Shaked a déclaré au Times of Israel qu’elle allait occuper le devant de la scène dans les prochains jours avec une série de vidéos soulignant ses projets pour le ministère de la Justice, dont elle espère reprendre la direction dans un futur proche.

« Oui, je serais très heureuse d’y revenir », a-t-elle dit. « Si on a assez de sièges, alors oui, absolument. »

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, (à droite), avec la présidente de la Cour suprême, Miriam Naor, au ministère de la Justice à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash 90)

Shaked a également déclaré qu’elle exigerait que tout accord de coalition comprenne l’engagement d’adopter la clause dite « d’annulation », qui donnerait à la Knesset, par un vote de 61 députés (sur les 120), la possibilité d’annuler une décision de la Cour suprême d’annuler une loi de la Knesset comme étant inconstitutionnelle.

« Oui, nous l’inclurons absolument dans les accords de coalition, mais vous devez comprendre que le projet de loi de dérogation implique la modification d’une loi fondamentale et que nous avions besoin de l’accord de chaque membre de coalition. C’est pour cette raison que nous n’avons pas été en mesure de le faire », a-t-elle dit.

Malgré l’adoption du vote ministériel clé lors du dernier gouvernement, l’avancement du projet de loi a été bloqué par des désaccords entre les partenaires de la coalition, Netanyahu accusant Bennett de « pousser la clause dérogatoire à la poubelle » en exigeant qu’il aille de l’avant immédiatement sans le soutien total de la coalition.

« Nous l’inclurons dans les accords de coalition, mais cela dépendra de la coalition qui sera formée », a dit Shaked, ajoutant que pour cette raison, « je ne pense pas que nous siégerons dans un gouvernement d’unité. Dans un gouvernement d’unité, il est très difficile de bouger quoi que ce soit. »







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