Allemagne et Norvège sanctionnent la politique environnementale de Bolsonaro

Les deux pays suspendent leur contribution au Fonds Amazonie chargé de lutter contre la déforestation.

Doutant ouvertement de la volonté du président brésilien Jair Bolsonaro de contenir la déforestation, la ministre du Climat et de l’Environnement norvégienne a annoncé ce jeudi le blocage des 30 millions d’euros prévus par son gouvernement pour le Fonds Amazonie au titre de l’année 2018.

Samedi dernier son homologue allemande avait annoncé la suspension de 35 millions d’euros destinés à financer des programmes de protection de la forêt et de la biodiversité au Brésil, mettant en cause elle aussi la volonté du gouvernement brésilien de poursuivre les objectifs de réduction de la déforestation.

Dans le style tout en finesse qu’il partage avec son modèle Donald Trump, le président brésilien a réagi en accusant l’Allemagne de vouloir « acheter l’Amazonie à crédit » et il a adressé « un message à la chère Angela Merkel : prends ton fric et reforeste l’Allemagne. Vous en avez beaucoup plus besoin là-bas qu’ici », avant de suggérer aux Norvégiens : « Prenez votre argent et allez aider Merkel à reforester l’Allemagne ».

L’Allemagne (5 %) et surtout la Norvège (94 %) sont les principaux contributeurs du Fonds Amazonie, créé en 2008 sous l’égide de l’ONU et qui a mobilisé plus d’un milliard d’euros en faveur d’une centaine de projets visant à préserver l’écosystème de ce poumon vert de la planète qu’est la forêt amazonienne.

Les deux pays s’opposent à la politique environnementale du président brésilien d’extrême-droite arrivé au pouvoir en début d’année, climato-sceptique assumé et très lié aux milieux de l’agro-business, dont les décisions remettent en cause les dispositifs de préservation des territoires amérindiens et visent à ouvrir le bassin amazonien à l’agriculture expansive tournée vers l’exportation.

Norvège et Allemagne négocient depuis plusieurs mois avec le gouvernement brésilien qui souhaite notamment utiliser le Fonds Amazonie pour indemniser les grands propriétaires terriens expropriés ou dont les activités sont limitées par l’existence de zones forestières protégées.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase début août est le limogeage par Jair Bolsonaro de l’équipe brésilienne en charge de la gestion du Fonds Amazonie et le fait qu’il conteste les chiffres de l’Institut National de Recherches Spatiales du Brésil montrant que la déforestation en Amazonie a augmenté de 40 % sur une année et atteint des niveaux sans précédent depuis 2008.

Les deux pays européens affirment vouloir poursuivre les discussions avec le gouvernement brésilien mais suspendent tout nouveau financement dans le cadre du Fonds Amazonie tandis que les projets déjà lancés seront évalués afin de déterminer « si leurs objectifs peuvent être atteints dans les conditions actuelles » selon la ministre allemande de l’Environnement.



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