Disparition de Delphine Jubillar : au cœur de l’énigme à Cagnac-les-Mines

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Cela fait déjà 26 jours ce dimanche 10 janvier que Delphine Jubillar, jeune mère de deux enfants, infirmière de métier, a disparu à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Et plus de trois semaines après cette nuit du 15 au 16 décembre 2020, les faits restent troubles autour de sa disparition. Les questions sont sans réponse…

Un cauchemar. Un mauvais conte d’hiver à dix jours de Noël. À Cagnac-Les-Mines, cette ancienne cité minière du nord d’Albi, dans le Tarn, le doute et l’incrédulité s’enracinent lentement dans les esprits. Vingt-six jours après la disparition de Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans et mère de famille de deux enfants de 6 ans et 18 mois, le traumatisme est profond chez les proches de ce couple, réfugiés dans le silence et qui s’accrochent à un infime espoir de retrouver leur sœur, leur cousine, leur nièce, vivante, quelque part.

« Elle était toujours aimable et son fils de 6 ans m’appelait toujours mamie, raconte cette proche voisine de Delphine, très affectée. Il m’aidait à planter les petits piquets à côté des plantes. C’est triste de ne plus les voir. » Comme une photo Polaroid fanée par le temps, les souvenirs teintés de mélancolie reviennent avec cette image d’une famille unie. C’était quelque temps avant la déflagration.

Téléphone introuvable, traces qui ne mènent à rien

Le 16 décembre, au petit matin, Cédric Jubillard, le mari de Delphine, donne l’alerte après avoir constaté, vers 4h00 du matin, l’absence dans la maison de son épouse. Il déclare qu’elle serait partie entre 23h00 et 4h00 du matin pour promener les chiens. Ces derniers seraient revenus dans la nuit. Mais sans Delphine. Dans la foulée, des avis de recherche sont lancés par la famille de la disparue, sur les réseaux sociaux. Les gendarmes effectuent les premières recherches sur le terrain et diffusent vendredi 18 décembre un appel à témoins pour « disparition inquiétante ». La jeune femme, brune, 1,68 m, au sourire discret, porte « une doudoune blanche ».

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Le téléphone de cette mère de famille borne une dernière fois jeudi 17 décembre à deux kilomètres de son domicile, puis plus rien. Les chiens de la gendarmerie marquent à environ 200 mètres de la maison, à hauteur d’un croisement. La trace de la jeune infirmière se perd ici. Sans aucune explication. Une riveraine assure avoir vu cette femme marcher dans la nuit dans ce créneau horaire. Mais son témoignage est jugé trop fragile. Les gendarmes frappent à toutes les portes du lotissement. À la recherche du moindre indice.

Divorce en vue

Depuis de nombreux mois le couple bat de l’aile. Durant le premier confinement, des tensions apparaissent. Cet été, Delphine fait part à Cédric de son intention de divorcer. Lui, veut croire à une solution apaisée pour préserver au mieux les enfants. « Il y avait beaucoup d’amour au début et puis la belle romance s’est peu à peu dégradée », confie un proche.

Delphine et Cédric se sont connus il y a plus de 10 ans, lors d’une fête qui réunissaient des amis communs. Un mariage s’en est suivi. Malgré des différences de caractère, ils filent le parfait amour. Réservée, discrète, romantique, Delphine garde des liens soudés avec sa famille d’autant que ces parents sont décédés ces dernières années. Plus excentrique, Cédric apparaît très amoureux. Il se lance dans la construction de la maison familiale. Participe aux différents événements de l’école de son fils en distribuant des bonbons.

Mais au fil des ans, les difficultés prennent le dessus. Des problèmes financiers plombent notamment l’harmonie du couple après sept ans de vie commune dans cette maison de la rue Yves-Montand. Une villa toujours en chantier où règne un désordre apparent. Cédric, peintre plaquiste, effectue des chantiers dans le secteur. Mais cela ne suffit pas à joindre les deux bouts. Le couple vit sur le salaire de Delphine qui décide de faire les nuits à la clinique Claude-Bernard d’Albi, pour gagner un peu plus. Elle rentre tous les matins vers 7 heures. Elle réveille les petits, les habille et les emmène à la crèche et à l’école. De retour à la maison, Delphine se repose avant de retourner à l’école récupérer l’aîné.

Quelque chose cloche

C’est dans ce contexte que la jeune femme disparaît. Mais quelque chose ne colle pas. Partir en pleine nuit ? Même pour promener les chiens, les voisins n’y croient pas, « elle ne les promenait que très rarement et encore moins la nuit », s’étonne l’un d’eux. « Jamais elle ne serait partie seule, en pleine nuit, en laissant ses enfants. Elle les aimait trop ! », répètent des collègues de travail de cette professionnelle de santé toujours bien notée.

Le 23 décembre, alors qu’une battue citoyenne rassemble près de 1 500 volontaires, dont le mari de Delphine, le parquet de Toulouse ouvre une information judiciaire criminelle. « Rien n’indique que sa disparition a pu être volontaire », précise le procureur de la République, Dominique Alzeari. La piste d’une fugue après un coup de blues a du plomb dans l’aile. Lors de la battue, Cédric, silencieux, visage enfoncé dans sa capuche, est soutenu par ses proches et notamment par le conjoint de sa mère. « On sent des regards malveillants sur lui alors que sa femme a disparu. Il est une victime avant tout », dit-il.

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Mais un mois après le procès Daval, cet homme condamné pour le meurtre de sa femme alors qu’il avait joué les amants éplorés devant toutes les caméras de France, le parallèle entre ces deux affaires est vécu comme une véritable double peine par Cédric et ses proches.

L’espoir d’une piste

Au soir du 23 décembre, l’instruction pour « enlèvement et séquestration » est confiée à deux magistrates au pôle criminel du tribunal judiciaire de Toulouse. Le 24 décembre, une première perquisition dans la villa ne donne rien. Des scellés sont placés sur les portes. Les gendarmes de la section de recherches de Toulouse et de la brigade de recherches d’Albi composent cette nouvelle cellule d’enquête. Cette semaine, des experts de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et des techniciens en identification criminelle d’Albi ont passé la maison au crible.

Des fouilles exhaustives, en présence de Cédric Jubillar, sont réalisées avec d’importants moyens techniques, mercredi 6 janvier. Cette grosse journée d’investigations a permis notamment de numériser les lieux et de détecter d’éventuelles taches de sang. En tant que propriétaire des lieux, Cédric Jubillar a assisté les enquêteurs dans leur recherche. Il s’est constitué partie civile. Comme deux cousins et des amies de Delphine. Les chiens du couple sont désormais placés à la SPA. Cédric et ses deux enfants vivent auprès d’un proche, non loin de Cagnac. Des analyses sont en cours. Ces prélèvements mèneront-ils à une piste ? L’hiver s’est installé à Cagnac où le mystère de Delphine Jubillar demeure.

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