Grâce à l’artisanat, l’apprentissage a encore de beaux jours devant lui. Ce secteur d’activité reste le premier à recruter et à former des apprentis : sur l’année scolaire 2019-2020, quelque 153.300 apprentis se sont en effet initiés aux métiers artisanaux, un chiffre en constante augmentation depuis trois ans et qui devrait encore se vérifier pour l’année scolaire 2020-2021, en dépit d’une hausse “probablement moins élevée dans l’artisanat qu’en moyenne générale”, d’après le baromètre réalisé par l’Institut supérieur des métiers (ISM) et l’assureur Maaf.

 

Malgré les disparités géographiques, la construction décroche la palme du nombre d’apprentis

 

Les entreprises artisanales françaises emploient ainsi 32% du total des apprentis que compte le pays, un pic historique particulièrement important dans les départements du Morbihan (48%), des Côtes d’Armor et de la Lozère (46% chacun), du Var et de la Vendée (45% chacun). L’artisanat n’est cependant pas impliqué de manière homogène dans la formation à proprement parler d’apprentis, certains territoires – le Nord, les Bouches-du-Rhône, la Loire-Atlantique, le Rhône et la Gironde – voyant leurs entreprises artisanales former davantage d’apprentis que d’autres collectivités. Le “taux de pénétration”, autrement dit le ratio du nombre d’apprentis sur le nombre d’artisans, atteint ses plus hauts niveaux dans les Pays de la Loire, et notamment en Mayenne (26%, c’est-à-dire 26 apprentis pour 100 entreprises), alors qu’il s’effondre malheureusement en Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de l’Hexagone, où il atteint seulement 3%.

 

Mais le nombre d’apprentis choisissant des métiers artisanaux est globalement en progression de 3% en 2019-2020 par rapport à 2018-2019, et cette tendance profite à l’ensemble des régions, exception faite des Outre-mer (-8% en Guyane, -7% à La Réunion et en Guadeloupe et -2% en Martinique), de la Corse et de l’Île-de-France, où il stagne à 0%. La dynamique demeure malgré tout encourageante et concerne la majorité des secteurs d’activité, à commencer par le bâtiment et les travaux publics, qui ont accueilli à eux seuls 59.970 apprentis en 2019-2020, soit une hausse de 5% en comparaison à l’année scolaire précédente. Des chiffres loin devant ceux des services (42.870 apprentis, +3%) et de l’alimentation (37.340 apprentis, -1%).

 

Le bâtiment bien représenté parmi les principaux métiers pourvoyeurs d’emploi et les activités avec la plus forte croissance d’apprentis

 

Les professionnels constatent également depuis quelques années une augmentation plus prononcée de l’apprentissage dans les diplômes de l’enseignement supérieur : 16.200 élèves en BTS ont ainsi fait le choix de l’apprentissage en 2019-2020, ce qui représente un bond de 9% sur un an. Les autres niveaux scolaires sont certes toujours ceux qui concentrent les plus gros effectifs – 42.190 apprentis de niveau Bac Pro, 94.940 de niveau CAP – mais leur évolution est plus timide – respectivement +4% et +1%. “Globalement, 3% des jeunes Français de 15 à 19 ans font le choix de se former par l’apprentissage à un métier de l’artisanat”, résume le baromètre.

 

Parmi les métiers qui emploient le plus de jeunes diplômés, on trouve les travaux d’installations électriques, avec 7.770 apprentis en 2019-2020… très loin derrière la boulangerie-pâtisserie et ses 26.520 élèves. Le bâtiment est mieux représenté parmi les activités affichant la plus forte croissance d’apprentis, grâce à la construction de réseaux électriques et de télécommunications (+29%) et aux travaux de montage de structures métalliques (+19%).

 

De plus en plus d’élèves “âgés” qui se tournent vers les métiers du bâtiment

 

L’étude de l’ISM et de Maaf s’intéresse également à la provenance des apprentis en première année de formation, et les chiffres ici présentés témoignent d’une place de plus en plus importante occupée par les diplômés en poursuite d’études (22%). Si les élèves entrant en formation directement après le collège représentent toujours près de la moitié (47%) des effectifs, un bon tiers (31%) est constitué de jeunes en réorientation. “Le choix d’un métier de l’artisanat peut intervenir à tout moment du parcours de formation”, commente le baromètre. “Signe de ces possibilités d’entrée en formation à tout moment du parcours, l’âge des apprentis de l’artisanat est varié : 46% des apprentis sont mineurs, 2% ont 25 ans et plus.” Les tranches 16-17 ans et 18-19 ans représentent plus précisément 37% et 31% des effectifs, et évoluent respectivement de -1% et +6%. On notera au passage que la tranche 14-15 ans ne pèse que pour 9% dans le total mais a augmenté de 8%, et que la hausse atteint même 10% pour la tranche des 25 ans et plus.

 

Le palmarès des diplômes prouve lui aussi que les métiers du bâtiment ont la cote : le CAP Maçon, avec 5.340 élèves en 2019-2020, fait partie des principaux diplômes préparés par les apprentis. “Les apprentis de 25 ans et plus et/ou les demandeurs d’emploi en reprise de formation choisissent en premier lieu les secteurs des soins à la personne, le commerce de fleurs ou les métiers du bâtiment”, relève par ailleurs l’étude. L’année dernière, le CAP Menuisier fabricant de menuiserie , mobilier et agencement a compté 110 de ces élèves, suivi par le CAP Charpentier bois avec 80 apprentis. Le CAP Maçon se retrouve pour sa part dans la liste des diplômes les plus choisis par les demandeurs d’emploi (50 personnes en 2019-2020).

 

Les métiers du BTP parmi ceux qui offrent la meilleure insertion professionnelle

 

L’entrée réussie sur le marché du travail doit aussi être portée au crédit des formations professionnelles : “Quel que soit le secteur, l’insertion professionnelle se fait principalement dans les six mois qui suivent la formation : 64% des apprentis sont en emploi six mois après la fin de leur formation”, selon l’ISM et la Maaf. Un taux qui grimpe même à 65% pour les diplômes du BTP six mois après la sortie de l’école, et jusqu’à 67% douze mois après. Les chiffres sont en revanche en recul pour le taux d’emploi des élèves formés par “la voie scolaire” à ces mêmes diplômes : 40% tous secteurs confondus six mois après la formation, 39% pour le BTP six mois après, et 42% douze mois après. Joindre la pratique à la théorie offre donc plus de chances d’être recruté une fois son diplôme en poche.

 

Dernier constat : “Les taux d’emploi s’élèvent avec le niveau de diplôme, tant pour les apprentis que pour les scolaires”. Là où un apprenti de niveau CAP a 55% de chances d’être embauché, un jeune préparant un BTS en alternance en aura 77%. “Les chances d’accès à l’emploi augmentent donc avec le niveau de formation : détenir un brevet professionnel fait passer le taux d’emploi à plus de 70% en moyenne”, ajoute l’étude. Qui précise néanmoins que “l’état du marché de l’emploi influe également sur les débouchés à l’issue de la formation”.

 

Parmi les diplômes préparés en apprentissage et offrant le meilleur taux d’accès à l’emploi six mois après la sortie de l’école, les métiers du BTP sont là encore prépondérants : le CAP Constructeur bois (78%), le CAP Conducteur d’engins pour travaux publics et carrières (72%), le BP Couvreur (87%), le BP Métiers du plâtre et de l’isolation (83%), le Bac Pro Travaux publics (82%), le BP Charpentier bois (81%), le BTS Enveloppe des bâtiments : conception et réalisation (91%), le BTS Travaux publics (82%) et le BTS Fluides-énergies-domotique option froid et conditionnement d’air (81%). L’apprentissage dans la construction semble assurément avoir encore un boulevard devant lui.



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