La procédure de destitution de Donald Trump « parasite considérablement l’entrée en fonction de Joe Biden », regrette André Kaspi

« On parle de Donald Trump et non pas de Joe Biden. Trump continue à faire la une de l’actualité, il continue à agiter la société américaine, à la diviser puisqu’il y a d’un côté ceux qui le soutiennent et ceux qui cherchent à la condamner », a déploré André Kaspi, historien et spécialiste des États-Unis, mercredi 13 janvier, sur franceinfo alors que la Chambre des représentants doit lancer dans la journée la procédure de destitution du président américain.

franceinfo : Cette procédure de destitution de Donald Trump est-elle une bonne idée ?

André Kaspi : L’Amérique est divisée entre les partisans et les adversaires de Trump. Les démocrates veulent compléter leur victoire. Ils pensent maintenant qu’il faut humilier Donald Trump et l’empêcher de terminer son mandat. Ce n’est pas une très bonne idée car cela parasite considérablement l’entrée en fonction de Joe Biden. On parle de Donald Trump et non pas de Joe Biden. Trump continue à faire la une de l’actualité, il continue à agiter la société américaine, à la diviser puisqu’il y a d’un côté ceux qui le soutiennent et ceux qui cherchent à la condamner.

« La bataille politique porte sur la personnalité, sur l’action, sur l’avenir de Donald Trump. Elle ne porte pas sur la présidence de Joe Biden, qui va commencer jeudi prochain. »

André Kaspi, historien et spécialiste des États-Unis

à franceinfo

Est-ce que l’Amérique n’a pas intérêt à tourner définitivement la page Donald Trump ?

Ça voudrait dire aussi que les représentants républicains, que les sénateurs républicains s’unissent à leurs collègues démocrates pour condamner Donald Trump. Or, les élus républicains sont là-dessus divisés et même très hésitants parce qu’ils savent que leur base reste attachée à la personnalité de Donald Trump. N’oubliez pas que Donald Trump a quand même obtenu 74 millions de voix aux élections présidentielles. C’est moins que Joe Biden, mais 74 millions de voix, c’est quand même presque la moitié. Cela veut donc dire que les élus républicains font attention à leurs bases et ils ne tiennent pas du tout à se retrouver dans quelque temps avec des électeurs qui leurs reprocheraient l’attitude qu’ils ont prises à l’endroit de Donald Trump. Les élus républicains ne sont pas du tout prêts à se joindre aux élus démocrates, ce qui veut dire que l’initiative des démocrates à la Chambre des représentants contribue sans aucun doute à accentuer ou à en tout cas figer la profonde division dans la société américaine.

Le risque, c’est de voir Donald Trump revenir dans le jeu pour l’élection présidentielle de 2024 ?

2024, c’est quand même un peu loin. C’est dans quatre ans, alors il peut se passer beaucoup de choses en l’espace de quatre ans, Mais en tout cas, Trump pourrait revenir par la fenêtre une fois que Joe Biden serait proclamé président des États-Unis, c’est-à-dire qu’on continuerait en somme, même sous la présidence de Biden, à parler sans cesse de Donald Trump. Avouez franchement, c’est particulièrement gênant pour le nouveau président s’il n’arrive pas en somme à l’emporter sur le plan de l’actualité, sur son ancien, sur l’ancien président. Ça voudrait dire qu’au fond, il ne parvient pas à s’imposer. Et ça, je trouve que ce serait dommageable pour Biden quels que soient les sentiments, quelle que soit l’attitude que l’on puisse avoir à son égard, cela voudrait dire, en somme, qu’il ne peut pas commencer sa présidence en toute quiétude. Au contraire, il la commencerait en pleine bagarre.

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