Le passage des Mac sous ARM devrait avoir un impact limité sur les finances d’Intel, pour l’instant…

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Dans quelques années, Intel ne devrait plus fournir aucun processeur à Apple. Un vrai coup dur pour Intel ? Pas forcément dans l’immédiat, si l’on prend un peu de recul et que l’on se fie aux chiffres.

Lundi, à l’occasion de la conférence d’ouverture de la WWDC 2020, Apple a officialisé sa volonté d’abandonner à terme les processeurs Intel pour n’équiper ses Mac que de puces maison, sous architecture ARM. Un changement de stratégie qui n’a rien d’anodin, annoncé de longue date et dorénavant techniquement envisageable, du fait des progrès réalisés par Apple dans la conception de puces ARM toujours plus efficaces.

À la suite de cette annonce, nous avons bien sûr analysé les défis techniques qu’implique cette décision, aussi bien du côté du design et de la production des processeurs Apple Silicon, que du portage et de l’émulation des logiciels. Un article en conclusion duquel nous évoquions l’impact que ce changement majeur pourrait avoir sur Intel, rappelant le nombre de MacBook, iMac et Mac Pro vendus chaque année (environ 18 millions de pièces écoulées par an, toutes équipées d’un CPU Intel). Dans ce contexte, la logique aurait voulu que cette annonce précipite le cours de l’action Intel (INTC au Nasdaq) à la baisse, mais il n’en fut rien.

Un marché à relativiser

En prenant un peu plus de recul sur cette affaire, on comprend finalement qu’Intel devrait assez peu souffrir de l’arrêt des commandes d’Apple. Un coup dur pour la notoriété, certes, mais qui devrait se ressentir assez peu dans les comptes de résultats du fondeur, tout du moins dans un premier temps. D’une part parce que la transition engagée par Apple prendra plusieurs années. D’autre part parce que les Mac ne représentent pas plus de 4 % des ventes annuelles de processeurs d’Intel. On parle d’un chiffre proche des 3 milliards de dollars, soit même pas 5 % du chiffre d’affaires annuel d’Intel (72 milliards de dollars en 2019).

De plus, les assembleurs d’ordinateurs le savent bien, Intel a dû faire face à de très régulières ruptures de stock sur ses puces ces dernières années. Il est probable que les processeurs qui ne seront plus vendus à Apple trouveront preneurs sur d’autres canaux de distribution, la part de marché d’Intel sur le marché des processeurs pour ordinateurs portables étant toujours supérieure à 70 %.

© Apple

Enfin des ordinateurs ARM convaincants ?

Le risque pour Intel se trouve finalement ailleurs : dans la réussite des futurs Mac sous Apple Silicon et dans les performances d’AMD.

Jusqu’à présent, les PC sortis sous ARM ont tous été décevants, tuant dans l’œuf le fantasme de certains de voir l’architecture x86 se faire damer le pion. Mais si ces Mac sous ARM tournent bien, que macOS Big Sur joue son rôle, que les portages des principaux logiciels sont réussis et que la clientèle Mac y trouve son compte, alors Intel pourra effectivement commencer à se faire du souci. D’autant plus si les Mac en question imposent de nouveaux standards en matière d’efficacité énergétique. Cela ouvrirait la voie à d’autres fabricants de puces ARM qui — comme Nvidia ou Samsung, entre autres — auraient les moyens et l’expertise de venir proposer des puces ARM performantes pour ordinateurs, si la demande était réelle.

Dans le même temps, AMD pourrait en profiter pour continuer à capitaliser sur le succès grandissant de ses gammes Ryzen et Epyc, qui ont marqué son véritable retour au premier plan. Une récente étude de Mercury Research plaçait AMD tout proche des 20 % de parts de marché PC, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps. En un an, AMD a gagné 1,4 point sur le marché des serveurs, 2,4 points sur le marché des ordinateurs de bureau, 4 points sur le marché des portables. Pas encore de quoi renverser la tendance, mais c’est suffisant pour y voir une lame de fond qui pourrait finir par atteindre Intel.

D’autres débouchés, côté serveurs notamment

Au-delà de ces perspectives, il faut aussi rappeler que les ventes de processeurs pour ordinateurs (de bureau ou portables) ne sont pas la seule source de revenus d’Intel. De plus en plus, la firme fait son beurre sur le marché des processeurs pour serveurs. D’ailleurs, au premier trimestre 2020, et ce pour la première fois de son histoire, Intel a gagné plus d’argent sur le marché des puces pour serveurs que sur celui des processeurs pour ordinateurs. Il s’agit d’un segment très important, sur lequel la croissance d’Intel est plus forte (+43 % sur un an, contre +14 % côté ordinateurs) et où les marges générées par l’entreprise sont plus confortables (50 % contre 36 %). D’ailleurs, dans une note adressée à ses actionnaires, Intel rappelait qu’Apple resterait l’un de ses gros clients sur la partie serveurs. Pas de quoi s’inquiéter donc… pour l’instant.







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