Sommet de la démocratie : Imaginez, si Julien Asange avait été un journaliste dissident chinois

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Si Julian Assange avait été un journaliste et éditeur dissident chinois, il aurait reçu le prix Nobel, serait au centre de la Journée des droits de l’homme et son portrait aurait surplombé le Sommet de la démocratie du président Joe Biden.

Le nom d’Assange aurait été le premier sur la liste des 350 journalistes menacés établie par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, et publiée, sans rire, le jour même où son administration a cherché à extrader Assange pour qu’il purge 175 ans dans une prison de haute sécurité.

Si Assange avait révélé des crimes chinois plutôt que des crimes américains, il serait maintenant la tête d’affiche de la campagne de boycott des Jeux olympiques d’hiver.

Tous les bulletins d’information actuels auraient commencé par évoquer son sort, et toute la presse s’indignerait en chœur de l’écrasement de cette mouche avec un marteau-pilon.

Pauvre Julian, si seulement il était né Chinois.

Son « crime », cependant, est d’avoir révélé, entre autres, des crimes de guerre commis par les États-Unis en Irak, y compris les assassinats et plus de 15 000 décès de civils non signalés ; la torture d’hommes et de garçons âgés de 14 à 89 ans à Guantanamo ; l’espionnage illégal des secrétaires généraux des Nations unies et d’autres diplomates par les États-Unis ; le coup d’État militaire au Honduras en 2009, orchestré par la CIA ; et la guerre secrète des États-Unis au Yémen, qui a fait des milliers de morts.

Dans toute sa gloire emperruquée, la Haute Cour de Londres vient de porter un coup fatal, non seulement aux fragments, aux derniers lambeaux de la justice britannique, mais elle a aussi tué le journalisme lui-même. Et, étant donné que le quatrième pouvoir, en théorie, est une sentinelle de la démocratie elle-même, elle a tué les faux-semblants de démocratie du Royaume-Uni. Tout cela pendant la semaine où des « démocraties » auto-sélectionnées se sont livrées à une séance collective d’onanisme sur leur supposée supériorité sur les autres.

L’affaire Assange aurait dû tomber dès le premier obstacle, sans parler des dizaines d’obstacles qui se sont dressés depuis. Le traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis exclut expressément qu’une personne puisse être extradée de l’un à l’autre pour faire face à des accusations politiques.

Par ironie du sort, la raison en est que les États-Unis voulaient interdire que les fugitifs irlandais aux États-Unis puissent être extradés en Grande-Bretagne pour y faire face à des accusations politiques. Tous les présidents américains – même Obama – ont un antécédent irlandais perdu depuis longtemps. Avec 30 millions de votes irlando-américains en jeu, les USA ne pouvaient prendre aucun risque avec des criminels présumés à motivation politique.

Lorsque j’ai personnellement interpellé le ministre de l’intérieur de l’époque, David Blunkett, qui avait secrètement conclu le traité, sur la possibilité que de nouveaux Nelson Mandela soient extradés pour faire face à des accusations politiques, il m’a personnellement assuré que c’était devenu impossible.

Des assurances aujourd’hui aussi mangées aux mites qu’une tapisserie médiévale de la Chambre des Lords.

Un nombre presque incalculable de violations flagrantes de l’application régulière de la loi auraient dû tuer la moindre chance d’extradition d’Assange. Permettez-moi d’en souligner trois.

Dès qu’il est apparu que le gouvernement américain avait secrètement enregistré sur vidéo chaque réunion juridique entre Julian Assange et ses avocats compétents et éminents pendant plusieurs années, l’affaire aurait dû être rejetée par tout juge qui se respecte, dans toute démocratie digne de ce nom.

Une fois qu’il est apparu que le témoin clé contre Assange était un voleur, fraudeur et menteur pédophile islandais condamné, qui de plus admet maintenant librement que son témoignage, sur lequel les chefs d’accusation sont fondés était un tissu de mensonges, tout vrai juge aurait donné tort au gouvernement américain.

Une fois qu’il est apparu que le gouvernement américain avait soigneusement planifié l’enlèvement d’Assange à Londres et, si possible, son assassinat devant Harrods dans les rues autour de l’ambassade d’Équateur, la valeur de toutes les « assurances » américaines sur ce qui arriverait à Assange a atteint son nadir. On ne pouvait pas se fier à ces individus. Et l’extradition ne pouvait pas être envisagée.

Cependant, les presses à imprimer ne tournent pas pour Assange, qui est tué à petit feu dans la prison de Belmarsh.

Les « journalistes » occidentaux de style hôtesse de l’air, qui sont grassement payés pour leur habileté à lire leur prompteur, sont silencieux quant à son sort et au sort de leur « profession ». Ils savent que si cela arrive à Assange, cela pourrait leur arriver à eux, mais, comme la flèche qui vole dans la nuit,* ils ont depuis longtemps tué cette possibilité en eux-mêmes. Il n’y aura pas d’honneur pour eux. Seulement de la servitude et des pièces d’argent.

Et ainsi, le rouleau compresseur américain écrase une fois de plus la justice dans un silence virtuel. C’est le problème quand on écrase une mouche avec un marteau-pilon. Personne ne peut l’entendre crier.

Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre Imagine if Assange had exposed Chinese crimes, not US ones

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction Corinne Autey-Roussel