L’Allemand Weber, chef de file de la droite européenne en 2019

La famille conservatrice européenne se met en ordre de bataille. A l’issue d’une campagne plutôt terne, c’est finalement le Bavarois Manfred Weber qui a largement remporté, jeudi à Helsinki, la course pour prendre la tête de la liste du PPE lors des européennes de mai 2019.

Le soutien de Merkel

La victoire de Manfred Weber, face au  Finlandais Alexander Stubb , ne faisait guère de doute, tant l’Allemand avait sécurisé de soutiens. Celui-ci a finalement recueilli 79 % des 619 suffrages exprimés. Contrairement à son challenger, ce pilier du Parlement européen avait notamment veillé à « diversifier ses soutiens géographiquement, quand Alexander Stubb apparaissait comme un homme du Nord », décrypte une source au PPE. Il avait surtout l’appui d’Angela Merkel, dont le rôle est capital compte tenu de l’importance de son parti, la CDU, au sein du PPE.

Si cette élection était suivie de près par tous les observateurs de l’Union européenne, c’est que le chef de file de la droite européenne a des chances, au moins en théorie, de succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Le Parlement européen tient en effet à maintenir, comme en 2014, le système dit des « spitzenkandidaten » , selon le terme allemand. L’idée étant que l’homme ou la femme dirigeant le parti capable de former une coalition après les prochaines élections pourrait prendre la tête de la Commission. Or, le PPE est traditionnellement en position de force lors des scrutins européens.

Incertitude politique

Pour deux raisons au moins, ce scénario pourrait toutefois ne pas se concrétiser. La première est liée à l’équation politique européenne, qui se complique fortement avec la montée en puissance de partis eurosceptiques et l’érosion de la droite traditionnelle, en France, en Italie ou en Espagne. La domination du PPE pourrait donc être sérieusement remise en question. La deuxième tient au fait que les chefs d’Etat et de gouvernement, qui selon les traités doivent « tenir compte » du résultat de l’élection,  entendent bien garder la main sur la nomination du président de la Commission, dans le cadre d’un grand marchandage à huis clos.

Manfred Weber, membre plutôt discret de la CSU et député européen depuis 14 ans, sera-t-il l’homme du consensus ? Certes, l’actuel président du groupe PPE au Parlement européen s’est appliqué à cultiver un positionnement plus centriste au cours des derniers mois, notamment en annonçant qu’à titre personnel, il voterait la  résolution à l’encontre de Viktor Orban au titre de la dérive de l’Etat de droit en Hongrie. Mais son inexpérience des fonctions gouvernementales n’aide pas à crédibiliser sa candidature.

Macron en embuscade

Pas sûr, par ailleurs, que Manfred Weber ait les faveurs d’Emmanuel Macron. En témoigne la charge contre lui menée par Nathalie Loiseau, la ministre française des Affaires européennes. Le PPE, a-t-elle estimé, choisit « un candidat qui faisait il y a quelques mois encore campagne pour Viktor Orban ». Le sujet Viktor Orban a d’ailleurs été soigneusement évité par les deux candidats du PPE lors de leur débat. Le dirigeant « illibéral » hongrois dirige en effet l’un des rares partis du PPE capables d’augmenter son nombre de députés en mai prochain…

Gabriel Grésillon

Bureau de Bruxelles

Cet article a été repéré sur lesechos.fr

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