Le monde arabe n’échappe pas à l’explosion des podcasts

Rana Nawas a quitté le monde de l’entreprise il y a près de deux ans et pourrait être l’héroïne du podcast qu’elle a lancé, « When Women Win » (« Quand les femmes gagnent »), devenu la série audio la plus écoutée au Moyen-Orient selon Apple.

C’est en racontant le destin de femmes qui « accomplissent des choses extraordinaires » à travers le monde que cette Britannique d’origine libanaise et palestinienne a commencé à se distinguer en 2017 sur le marché prometteur du podcast.

Produits à Dubaï, les épisodes ont rapidement dépassé les frontières des Emirats arabes unis, le format d’émission – téléchargeable gratuitement – s’adaptant particulièrement bien à la profusion de smartphones mais aussi aux enceintes et voitures connectées.

Développement significatif : le géant de l’aviation Emirates Airline commencera à diffuser ce mois-ci le podcast de Rana Nawas dans ses avions.

Rana Nawas productrice du podcast ‘When Women Win, le 25 avril 2019. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

La popularité croissante des podcasts dans le monde arabe apparaît significative dans une région marquée par des restrictions à la liberté d’expression, et des tabous sur certains sujets de société.

« J’ai été surprise de voir à quel point la région a adopté » ce format, raconte à l’AFP cette productrice et animatrice quadragénaire. « Il y a clairement une soif pour ce type de contenu et pour les rôles modèles féminins ».

« When Women Win », accessible dans 144 pays, est selon son animatrice le podcast le plus populaire du royaume ultra-conservateur d’Arabie Saoudite.

« Tout le monde dit (que les Saoudiens) ne consomment que du contenu vidéo en arabe. J’étais vraiment ravie (…) d’apprendre qu’ils consomment aussi du contenu audio en anglais ».

Mme Nawas, dont l’émission est entièrement autofinancée, espère attirer rapidement des investisseurs, des annonceurs ou des sponsors car, en l’état, ce format de podcast natif – non rattaché à une radio -, « n’est pas viable » économiquement.

Public ciblé

L’autre star de la région en la matière est Omar Tom, un Soudanais qui anime avec deux de ses amis le « Dukkan Show« , également produit en anglais à Dubaï depuis 2016.

Le principe est simple : trois amis accueillent un invité et bavardent, comme s’ils se rencontraient dans un « dukkan » (épicerie en arabe).

M. Tom, 30 ans, a grandi aux Emirats. Selon lui, son podcast a du succès car il s’adresse à un public rarement ciblé : celui des enfants d’expatriés, élevés dans une culture différente de celle de leurs parents.

« Je voulais combattre les stéréotypes », explique-t-il, soulignant également le manque de représentation de sa communauté dans les médias.

« S’il y a une représentation (de nous), elle ne parle pas toujours pour la diaspora », ajoute l’animateur, arborant fièrement un tee-shirt fabriqué au Soudan.

« En tant qu’Arabes, notre image n’est pas très bonne dans les médias internationaux et occidentaux. Alors, comment y remédier ? La seule façon, c’est de parler dans une langue que tout le monde comprend et, pour le moment, c’est l’anglais ».

De nombreux jeunes Arabes préfèrent désormais les podcasts aux programmes radiophoniques traditionnels. Pour Rami Baassiri, 26 ans, ils permettent d’être plus productif et de faire deux choses à la fois.

« Il y a beaucoup de temps d’arrêt dans ma journée, que ce soit pour me rendre au travail, en voiture, au gymnase, dans les files d’attente au centre commercial ou à l’aéroport. Du coup, j’aime utiliser ce temps pour faire quelque chose », explique-t-il à l’AFP.

« Je considère les podcasts comme de la radio à la demande ». Cela « me permet » de choisir « qui je veux écouter » et « ce que je veux écouter ».

« Pris au sérieux »

La Canadienne Reem Hameed, qui participe au « Dukkan Show », affirme que les podcasts vont s’installer durablement dans le paysage médiatique, y compris « dans le monde arabe ».

« Nous avons une culture incroyable de la radio. Si vous réfléchissez à la manière dont la radio et son histoire se sont ancrées profondément dans le monde arabe, le podcast n’en est qu’une extension numérique naturelle », affirme cette trentenaire d’origine irakienne et philippine.

Les podcasts se sont rapidement répandus au Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite, à Oman, au Koweït, en Jordanie et au Liban.

En Jordanie, la plateforme « Sowt » (« voix » en français) a été lancée en 2017. Depuis, elle a diffusé un éventail de podcasts qui traitent de questions allant de la politique à la musique.

Hebah Fisher, présidente du réseau de podcasts Kerning Cultures, fondé à Dubaï et premier à avoir reçu des financements privés, est convaincue que ce format représente l’avenir des médias.

« Notre tour de table (qui a permis une levée de fonds de 460 000 dollars) est un signal fort pour l’industrie du podcast au Moyen-Orient : le média est pris au sérieux et sa valeur pour les auditeurs et les utilisateurs est claire. »







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