» Les végans israéliens font part de leurs aspirations politiques avant le scrutin

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Le réveil du député travailliste Itzik Shmuli a été dur au mois de juillet quand, en dépit des sondages qui prévoyaient sa victoire certaine aux primaires du parti, il est arrivé troisième – juste derrière Stav Shaffir, qui avait fait ses premiers pas de militante à ses côtés à la tête du mouvement social de 2011, et loin derrière Amir Peretz, élu à la tête du parti en difficulté pour la deuxième fois.

Le résultat des primaires – Peretz avait bénéficié de 47 % des votes, contre 26,9 pour Shaffir et 26,3 % pour Shmuli – peut être au moins partiellement attribué à une nouvelle force électorale : le vote végan.

Israël compte la plus importante population végane au monde par tête, et cette tendance s’accélère et devient de plus en plus politique.

Environ 1 000 végans et activistes défenseurs des droits des animaux ont récemment rejoint le parti travailliste, avec pour objectif de soutenir les députés soutenant leur cause.

Lors des primaires du 2 juillet dernier, ils se sont majoritairement prononcés en faveur de Peretz, qui n’avait pas réellement besoin de ces suffrages et en faveur de Shaffir, arrivée deuxième, mais qui depuis a quitté la formation pour rallier le Camp démocratique, une alliance composée du Camp démocratique fondé par Ehud Barak et du Meretz.

Les autres formations ayant organisé des primaires ont également assisté à une hausse de la présence des végans dans leurs rangs : le Likud s’enorgueillit ainsi de compter 800 nouveaux membres végans et le Meretz en compte aujourd’hui 700 parmi ses adhérents.

En tout, ce sont environ 2 500 amoureux des animaux qui ont rejoint les différents partis dans le cadre de la campagne « Influence de l’intérieur », organisée par Vegan Friendly, une organisation à but non-lucratif qui cherche à promouvoir le mode de vie végan et l’étiquette vegan-friendly en Israël.

Orian Ben-Zion, à gauche, et deux activistes de la campagne « Influence de l’intérieur » (Crédit : Autorisation/Zman Yisrael)

« Nous faisons en premier lieu la promotion du régime végan mais le projet est un appel lancé à ceux qui aiment les animaux en général, pas seulement aux végétaliens ou aux végétariens nécessairement », commente Orian Ben-Zion, gestionnaire de projet de l’ONG, auprès de Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel.

« Les initiatives qui font partie du projet – comme l’interdiction du commerce de la fourrure ou l’éradication du phénomène des chiens perdus – sont soutenues par la majorité des Israéliens qui souhaitent intégrer les partis politiques pour être en mesure de les promouvoir », explique-t-il.

Vegan Friendly, selon Ben-Zion, « n’influence pas cela et les gens adhèrent aux différents partis en fonction de leurs convictions politiques propres. Ce que nous voulons, nous, c’est avoir de la présence et du pouvoir de façon à ce que, le moment venu, nous puissions influencer les candidats se présentant aux primaires et les députés. »

Tout ce que nous faisons, c’est seulement inspirer… ceux qui aiment les animaux pour qu’ils s’impliquent dans le spectre politique. Il y a des amoureux des animaux et des végans à gauche, à droite et au centre

Selon Ben Zion, « 5 % des Israéliens sont végans et 13 % sont végétariens. Tout ce que nous faisons, c’est seulement tenter d’inspirer… ceux qui aiment les animaux pour qu’ils s’impliquent dans le spectre politique. Il y a des amoureux des animaux et des végans à gauche, à droite et au centre. Nous espérons voir 2 500 à 3 000 personnes rejoindre chaque parti ».

Photo d’illustration : Des douzaines de personnes lors d’une marche silencieuse pour les droits des animaux sur le boulevard Rothschild à Tel Aviv, le 10 mai 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon Anna Nemkov, militante au sein de l’association Vegan Friendly, c’est Ben-Zion qui a créé un électorat engagé et « qui me donne le pouvoir dont j’ai besoin pour peser à la Knesset ».

Nemkov souligne qu’être parvenu à donner l’envie à 2 500 personnes de rejoindre une formation politique est en soi une réussite.

« Ça me donne quelque chose à partir duquel travailler », explique-t-elle. « J’ai travaillé à la Knesset, je viens de ce terrain et j’ai vu la manière dont les militants parviennent à convaincre les gens d’entrer dans un parti. C’est rare – tant de nouveaux adhérents en un laps de temps aussi court. C’est une force incroyable ».

Omri Paz, le fondateur de Vegan Friendly devenu son directeur-général, se dit optimiste quant aux résultats.

« Je me suis toujours montré hésitant face à la politique et je pensais auparavant que rien ne pouvait être changé – jusqu’à ce que je me familiarise avec le travail intérieur propre à cette méthode et avec le nombre de lois et d’initiatives qui ont été adoptées grâce à l’adhésion des citoyens lambda au sein des partis politiques », dit Paz.

« Influence de l’intérieur » fonctionne avec un budget annuel de 350 000 shekels et les « frais d’inscription dans les partis sont payés par ceux qui en deviennent membres », souligne Ben-Zion, sans aucune aide financière de la part de l’ONG.

Une affiche de recrutement de « Influence de l’intérieur » (Crédit : Autorisation/Zman Yisrael)

Tzahi Ben-Meir, un végan de 28 ans, a adhéré à un parti politique pour la toute première fois de sa vie dans le cadre de cette initiative.

« Je suis végan et je m’implique énormément dans la question des droits des animaux. J’ai vu un post sur Facebook écrit par Vegan Friendly et qui appelait les amoureux des animaux à rejoindre la cause et c’est ainsi que j’ai appris l’existence de ce projet », raconte Ben-Meir. « J’ai compris qu’il y avait ici une opportunité unique et j’ai fait la démarche. Depuis lors, j’ai commencé à faire du bénévolat moi-même au sein de l’association ».

Ben-Meir préfère ne pas révéler le parti auquel il a adhéré mais il souligne être à l’aise avec sa décision, étant dorénavant en mesure de promouvoir ce qui lui tient à cœur dans le cadre d’une formation qu’il soutenait déjà auparavant.

« Je ne pense pas que les droits des animaux soient une question politique. Indépendamment de là où vous vous situez au niveau politique, il est important que tous les partis se préoccupent du problème », dit-il.

Nemkov, végan convaincue, compte plus d’une décennie de militantisme politique et elle a été dans le passé la conseillère parlementaire du député travailliste Omer Bar Lev. Elle avait commencé à faire du lobbying pour Vegan Friendly en amont des élections du 9 avril.

« Les élections ont eu lieu, nous avons pensé qu’une coalition serait formée et que nous réussirions à travailler et devinez quoi ? Il y a de nouvelles élections », affirme Nemkov, expliquant sa décision de se concentrer sur le recrutement du plus grand nombre possible de personnes au sein des différents partis politiques.

Quand je dis, au téléphone : ‘Ecoutez, j’ai quelque milliers de personnes dans votre parti. Elles peuvent voter pour vous ou pour votre adversaire’, la réponse immédiate est de demander qu’on se rencontre

« Je suis le conduit qui permet de faire la liaison entre la volonté de milliers de personnes et les députés. Je prends tous ces gens qui rejoignent les formations politiques et je les transforme en force politique », explique-t-elle. Quand je dis au téléphone : ‘Ecoutez, j’ai quelque milliers de personnes dans votre parti. Elles peuvent voter pour vous ou pour votre adversaire’, la réponse immédiate est de demander à ce qu’on se rencontre, de demander ce qu’on va pouvoir faire pour ces membres précis du parti ».

Selon Nemkov, cela a été particulièrement évident au cours des primaires travaillistes du mois de juillet, où la formation a engrangé près d’un millier d’activistes en nouveaux adhérents.

Le chef Travailliste Amir Peretz, au centre, avec le fondateur et directeur-général de Vegan Friendly Omri Paz, à droite, et la lobbyiste Anna Nemkov, à gauche (Crédit : Autorisation/Zman Yisrael)

« Stav Shaffir et Amir Peretz ont coopéré avec nous pendant leur campagne à la tête du parti et ils ont posté des vidéos et des déclarations en soutien à notre initiative. Nous avons bien entendu approché Itzik Shmuli mais il n’a pas coopéré avec nous. Les activistes ont réagi en conséquence », dit-elle.

Shai Gal, porte-parole de Peretz, note que la coopération est dorénavant un choix pratique.

« Amir a assisté à la conférence végan de l’association à Sarona pour soutenir et appuyer son message », indique-t-il, se référant au centre culinaire populaire situé au coeur de Tel Aviv. « Nous sommes en contact avec Anna et avec le directeur-général de Vegan Friendly presque quotidiennement et nous soutenons la promotion des droits des animaux ».

Nous avons bien entendu approché également Itzik Shmuli mais il n’a pas coopéré avec nous. Les activistes ont réagi en conséquence

Peretz se voit-il promouvoir une législation appropriée au Parlement à ce sujet ? A cette question, Gal répond que « nous le faisons déjà. Quand Peretz était ministre de la Protection environnementale [de 2013 à 2014] il avait soutenu la réassignation de la question des droits des animaux du ministère de l’Agriculture au ministère de la Protection environnementale ».

Nemkov est, de la même manière, peu troublée par la propension des politiciens à faire des promesses de campagne avant les primaires et les élections, y renonçant une fois qu’ils sont élus.

« Les primaires travaillistes sont finalement un excellent exemple parce que nous avons pu mesurer dans nos rangs le soutien apporté à Peretz pour la présidence du parti. Il éprouve de la sympathie pour nos idées et il comprend le pouvoir que nous détenons, ce qui se reflète pleinement dans ses déclarations liées aux sujets qui nous sont chers. Et il n’est pas le seul. Nous avons commencé un travail de réseautage avec des parlementaires végans et pro-végans et la réponse est impressionnante », dit-elle.

Le fondateur et directeur de Vegan Friendly Omri Paz, à gauche, aux côtés d’Eli Avidar, député d’Yisrael beytenu (Crédit : Autorisation/Zman Yisrael)

Entre autres, Nemkov cite les députés du Meretz, Tamar Zandberg et Mossi Raz, qui, dit-elle, ont soutenu les objectifs poursuivis par l’ONG « dès sa création » et le parlementaire Eli Avidar d’Yisrael Beytenu qui est un « végan strict et complètement engagé. Je maintiens avec lui un contact direct et continu ».

« Nous sommes également en contact avec [le législateur du Likud] Miki Zohar pour essayer de promouvoir son projet de loi appelant à la cessation du transport d’animaux vivants ; avec [la députée] Miki Haimovich de Kakhol lavan qui a introduit le « lundi sans viande », ce qui est l’une des initiatives les plus importantes pour promouvoir un régime végan ; et avec [la parlementaire] Sharren Haskel du Likud. Nous avons un lien fort avec elle, elle est végan et il m’apparaît clairement que nous allons travailler ensemble », ajoute Nemkov.

Haskel, pour sa part, comprend ce qui est attendu d’elle en tant qu’élue.

La députée Sharren Haskel (Likud) lors d’une réunion du groupe parlementaire à la Knesset, le 30 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

« Depuis mes premiers pas dans la politique israélienne, j’ai réalisé que pour créer le changement, il faut être présent dans les commissions de la Knesset, au coeur du processus législatif et des initiatives publiques. C’est la raison pour laquelle je me réjouis de la campagne ‘Influence de l’intérieur’, » confie-t-elle.

« Plus celles et ceux qui s’inquiètent des droits des animaux s’inscriront dans les partis politiques, plus les activistes et moi-même auront de force pour promouvoir des initiatives, des législations et des décisions, en apportant un changement fondamental sur cette question », ajoute-t-elle.

Mais jusqu’à présent – et malgré le soutien des députés nommés par Nemkov – les tentatives de faire adopter des législations sur les droits des animaux ont échoué.

« C’est différent quand vous bénéficiez du soutien des membres du parti », indique Nemkov. « Maintenant, les politiciens comprennent que nous avons du pouvoir et ils répondent à cette réalité en conséquence. Nous avons également une présence dans les médias – avec des dizaines, si ce n’est des centaines de milliers, d’abonnés ».

« Nous avons quelque chose à donner. C’est réciproque, c’est une relation faite de concessions mutuelles. C’est comme ça que cela fonctionne », poursuit-elle. « Ce que nous avons fait, c’est renforcer nos capacités de négociations et notre capacité à rester présents et forts avec le temps. ‘L’influence de l’intérieur’, ce n’est pas seulement le nom du projet – c’est son essence même ».

Le fondateur et directeur-général de Vegan Friendly Omri Paz, à gauche, avec la députée de Kakhol lavan Miki Haimovich. (Crédit : Autorisation/Zman Yisrael)

Interrogée sur la manière dont elle prévoit de contrer ceux qui tenteraient éventuellement d’entraver les objectifs poursuivis par Vegan Friendly à la Knesset, Nemkov répond que « si cela arrive, nous nous assurerons que le public et les autres législateurs en ont bien conscience ».

Les partis qui n’organisent pas de primaires ne sont pas insensibles non plus à l’influence des végans, souligne Nemkov.

« Nous disposons d’une grande variété d’outils que nous pouvons utiliser dans notre relation faite de concessions mutuelles avec les membres de la Knesset », explique-t-elle.

« Cela va bien au-delà des membres du parti et cela comprend une exposition médiatique élargie, un pouvoir sur les réseaux sociaux, les connaissances et la recherche. Et au-delà de ça, il y a les ordres du jour des députés et leur désir de promouvoir des initiatives influentes qui laisseront une marque positive sur la société. Nous saurons comment adapter notre travail à chaque député, à chaque initiative ».

Les végans rejoignant certains politiques votent-ils finalement pour
eux ?… Nemkov répond que l’ONG « encourage les individus intéressés à l’idée de rejoindre une formation d’en trouver une à laquelle ils peuvent s’identifier. Heureusement, il y a des partis démocratiques à gauche comme à droite et ainsi, les amoureux des animaux et les végans peuvent poursuivre leurs objectifs propres tout en respectant leur vision politique personnelle au sens large ».

Parmi les objectifs qui sous-tendent le projet – que Nemkov a l’intention de promouvoir par le biais d’initiatives législatives à la Knesset – l’étiquetage des produits carnés comme cancérigènes, la subvention des produits végétariens et l’interdiction du commerce de la fourrure.

La campagne ‘Influence de l’intérieur’ cherche également à concrétiser le transfert de la loi sur le bien-être animal du ministère de l’Agriculture au ministère de la Protection environnementale et à mettre en oeuvre un programme visant à éliminer le phénomène des chiens errants et de l’euthanasie des animaux dans les refuges.

Nemkov souligne la nécessité de travailler de manière extensive pour obtenir les résultats désirés, promettant que ce n’est que le début.

« J’ai l’intention de siéger à la Knesset, de me rendre à toutes les réunions de commissions, de prendre chaque projet de loi pour m’assurer qu’ils franchiront toutes les étapes avant de les voir mis en oeuvre », clame Nemkov.

Cet article a été adapté d’un article original publié par Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel







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