Soudan: le général Ibn Auf cède sa place à la tête du Conseil militaire de transition

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Le général Ibn Auf, qui avait pris la tête du Conseil militaire formé après la destitution d’Omar el-Béchir, a annoncé vendredi 12 avril sa démission et nommé le général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan comme successeur.

« J’annonce par la présente ma démission à la tête du Conseil militaire de transition et la nomination de quelqu’un en qui j’ai confiance dans l’expérience et son aptitude à amener ce navire sur un rivage sûr », a déclaré Mohamed Ahmed Ibn Auf, vendredi soir, lors d’une allocution retransmise par la télévision d’État.

Celui qui avait été nommé jeudi à ce poste dans la foulée de la destitution du président Omar el-Béchir a également annoncé que ce serait le général Abdel Fattah Abdelrahman qui lui succéderait.

Le général Abdel Fattah Abdulrahman Burhan a prêté serment à la tête du Conseil militaire de transition, à Khartoum, le 12 avril 2019, après la démission du général Awad Ibn Ouf. © Sudan TV / AFP

Le général Ibn Auf a enfin indiqué qu’avant de démissionner il avait limogé son adjoint au Conseil militaire de transition, Kamal Abdel Maarouf.

Scènes de liesse

Klaxons, drapeaux du Soudan… Des centaines de voitures ont déferlé vers le centre de Khartoum dans un défilé de joie. Car pour les centaines de milliers de manifestants rassemblés devant le quartier général de l’armée depuis près d’une semaine, la démission de Mohamed Ahmed Ibn Auf, numéro deux du régime el-Béchir et sous sanctions américaines, c’est une deuxième victoire.

Depuis jeudi, la rue réclamait le départ du chef du Conseil militaire de transition, numéro deux du régime d’el-Béchir, sous sanctions américaines pour des violations des droits de l’homme au Darfour. Avec ce slogan : « Nous avons fait tomber le premier, nous ferons tomber le deuxième. »

Les premières images de liesse circulent donc sur les réseaux sociaux. « Le peuple est content, le peuple impose sa volonté », peut-on entendre dans les rues de Khartoum, alors que des milliers de Soudanais étaient toujours rassemblés vendredi soir devant le quartier général de l’armée.

Tout le monde est très optimiste en ce moment et célèbre la bonne nouvelle. C’est un premier pas car nous avions beaucoup d’inquiétudes par rapport à Ibn Auf car il est corrompu. Cela ne changeait rien par rapport à Omar el-Béchir. Ce nouveau chef du Conseil militaire a meilleure réputation, il n’est pas impliqué dans des affaires de corruption donc nous sommes plus optimistes. Mais nous avons besoin d’en savoir plus sur ses projets.

La réaction d’un manifestant à Khartoum

Une personnalité plus neutre

Le nouveau venu Abdel Fattah Abdelrahman Burhan est beaucoup moins marqué politiquement. Ce n’est pas un pilier du régime. Il ne s’est pas rendu responsable de violations des droits de l’homme au Darfour comme les autres, expliquait à RFI un opposant. Le nouveau chef du Conseil militaire était d’ailleurs venu rencontrer les manifestants vendredi après-midi pour connaître leurs revendications.

Mais tout reste à faire. Il faut entamer des négociations pour un véritable gouvernement de transition civile désormais, indiquait un manifestant joint par téléphone. Vendredi soir, la prudence restait de mise.

Le nouveau président du conseil militaire sera-t-il prêt à remettre l’intégralité du pouvoir à un gouvernement civil comme le réclament les manifestants ? L’Association des professionnels soudanais, à l’origine de cette contestation inédite, appelle donc les Soudanais à rester mobilisés et à continuer à manifester jusqu’à l’obtention d’un véritable changement de régime.

► Soudan : l’armée promet un « gouvernement civil » et «ne livrera pas» el-Béchir

Avec notre correspondante à New York, Marie Bourreau

Le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence et à huis clos vendredi sur la situation au Soudan. La réunion avait été convoquée par les États-Unis et les cinq membres européens (France, Royaume-Uni, Belgique, Allemagne et Pologne).

Mais une nouvelle fois, le Conseil de sécurité a été incapable de se mettre d’accord. Dans l’intimité d’une salle de consultations, les diplomates ont étalé leurs divergences sur la réponse à apporter aux événements au Soudan, selon plusieurs sources.

Les Occidentaux espéraient faire adopter une déclaration pour mettre la pression sur les autorités militaires pour permettre l’instauration d’un gouvernement civil libre et inclusif tel que réclamé par la rue. Mais selon des diplomates, la Russie, la Chine, l’Afrique du Sud, la Guinée équatoriale et dans une moindre mesure l’Indonésie se sont opposées à une déclaration du Conseil de sécurité en ce sens. Il s’agirait selon ces pays d’une affaire interne au Soudan.

Signe des divisions de la communauté internationale, les diplomates se sont uniquement accordés sur le fait de continuer à surveiller l’évolution de la situation.

Source RFI







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